recherche du maitre

A la recherche de son (loup-) gourou ?*

* Allusion à la fête de « Guru Purnima » lors de laquelle les maîtres (« Guru » en sanskrit) sont mis à l’honneur avec dévotion par leurs élèves et disciples. Cette fête a lieu le jour de l’année où la lune est la plus pleine, « Purnima » signifiant « le jour de pleine lune ».

 

Ah voilà ! Toi aussi tu es perdu à l’intérieur de toi-même à force de te demander quoi faire de toute cette vie pour toi tout seul ?
« Tiens, cadeau, c’est pour toi ! Maintenant debrouille-toi avec ça ! »
Alors ? On fait comment, nous, pour la lire la notice si elle ne nous a pas été fournie à la naissance avec le corps que nous avons reçu ?
On atterrit… et pas une piste, pas un indice.

Avouez que c’est un peu léger ! Comment ne pas se sentir à un moment donné désorienté ?

boussole
Il serait donc peut-être temps de nous inscrire à l’ashram du vénérable Ji[1] qui nous apprendra à lire cette fameuse notice dont nous sommes persuadés d’avoir besoin pour rassembler toutes les pièces de nous-mêmes.

Il devient presque primordial et vital d’aller chercher le triple Sri[2] qui nous apprendra à nous trouver avant de complètement nous perdre intérieurement.
Pourvu qu’il porte une longue robe orange et une grande barbe grise ! Ce serait bien décevant s’il ressemblait à vous et moi, sans signe ostentatoire de sagesse !
Allons ! En route ! Ne perdons pas plus d’un instant présent pour que ce sacré soit-dit Swami[3] puisse tout nous enseigner ! Et avec ça, c’est sûr, on pourra commencer à vivre dès demain !

 

Mais…
Va-t’il falloir fureter dans les forêts les plus touffues du nord de l’Inde en pleine nuit de lune pleine pour rencontrer celui qui deviendra notre (loup-)gourou ?
Va-t’il falloir transhumer dans les montagnes les plus hautes de la chaîne himalayenne pour nous dresser devant notre authentique futur maître(-chien) ?
Va-t’il falloir en côtoyer et en tâtonner des dizaines avant de reconnaître NOTRE guide (d’aveugle) qui, en mettant le doigt sur notre troisième œil, ouvrira la porte (et la paupière) à notre regard intérieur ?
Va-t’il falloir sillonner la Terre entière pour cueillir les clés dans les prés du Sage qui nous initiera à l’art de les actionner dans nos serrures rouillées et faire ainsi céder les verrous nous bloquant l’accès à nous-mêmes ?

début du texte (robe orange, barbe grise) (1)

Alors ? Ce maître ? Où le chercher ? Où le trouver ?

 

Où est ce (loup-)gourou, ce maître(-chien), ce totem aux pieds duquel nous aimerions poser nos pas pour qu’il nous apprenne à marcher et à avancer ?

Et qu’attendons-nous de ce guide, de ce sage qui nous précède et nous précepte sur notre cheminement ?

« Donne donc le numéro de ton maître que je puisse prendre rendez-vous en urgence ![4] Il faut qu’il m’apprenne à respirer et à ressentir, à me tenir droit et à croître, à écouter les battements de mon cœur et à aimer, à être moi-même et à vivre. »

Et si en fait nous nous égarions à trop chercher si loin celui que l’on investit déjà – sans même l’avoir encore rencontré – de la responsabilité de nous aider à nous trouver ?…

 

Celui que tu as déjà rencontré et qui n’est pas un maître, peut-être est-ce lui TON maître…
Qui sait ?…

Celui à qui tu n’adresses pas un regard ou ne prêtes pas une oreille, peut-être est-ce celui qui saura le mieux te faire voir et entendre le secret de ton âme…
Qui sait ?…

Celui à qui tu crois, toi, pouvoir apprendre quelque chose d’important sera peut-être en fait celui qui t’enseignera l’Essentiel…
Qui sait ?…

Celui-là même que tu ne connais pas encore te connait-il peut-être déjà…
Qui sait ?…

Et peut-être est-ce lui qui, sans le savoir ni le vouloir, t’aidera le mieux à te connaître, toi…
Qui sait ?…

 

Alors ? Ton maître ? Qui c’est ?

Le maître n'est pas toujours celui que l'on croît..

« Oui, vous pouvez prendre des notes »

Ton maître n’est pas celui dont chaque pensée raisonne de sagesse et dont chaque mot parle de spiritualité.

Ton maître c’est celui dont chaque souffle résonne d’Amour et dont chaque battement de coeur incarne la Vie.
Ton maître c’est l’oiseau qui chante sur sa branche avec le même enthousiasme et la même joie, que le ciel soit bleu ou nuageux.
Ton maître c’est le soleil, la lune et les étoiles qui éclairent, brillent et scintillent gratuitement sans attendre un seul instant d’en être remerciés.
Ton maître c’est l’arbre qui s’offre comme un écrin pour y permettre les fleurs d’y éclore et les fruits d’y mûrir sans jamais se demander ce qu’il pourrait obtenir en retour.
Ton maître c’est chacune de ces fleurs, chacun de ces fruits qui ne se comparent ni se disputent pour savoir qui sera la plus belle et la plus parfumée, le plus sucré et le plus juteux.
Guru intérieur Ton maître c’est l’inconnu qui te fait te sentir vivant et aimable grâce à l’attention qu’il te porte et au sourire dont il t’honore.
Ton maître c’est l’étranger – qui n’est autre que toi-même – qui t’apprend à te connaître lorsque tu apprends à le connaître et qui t’apprend à t’aimer lorsque tu apprends à l’aimer.
Ton maître c’est aussi… personne… En te faisant le cadeau du vide, du silence et de la solitude, il t’offre l’espace, le temps et la disponibilité pour intégrer, digérer et assimiler le précieux enseignement de chaque instant.
Ton maître c’est enfin… toi-même… Car aucun maître ne peut créer ce qui en toi existe déjà.
Tu peux rencontrer des guides qui t’accompagneront, des tuteurs qui t’aideront à te redresser, des phares qui éclaireront ce qui est encore à l’ombre de toi-même. Mais ton seul Maître n’est pas à rencontrer, Il est déjà présent en toi.

Alors ? Toi ? Où TE chercher ? Où TE trouver ?

Marie Ghillebaert

[1]Ji : suffixe respectueux donné en Inde aux maîtres spirituels.

[2]Sri : préfixe honorifique donné en Inde aux maîtres spirituels.

[3]Swami : terme utilisé en Inde pour désigner le maître.

[4]« Je voudrai aller en Inde parce que je veux trouver un vrai maître. Est-ce que vous pourriez me donner des adresses, s’il vous plaît ? » (extrait d’un message vraiment reçu)

Et vous qu’en pensez-vous ? 

Marie Ghillebaert

À Propos de Marie Ghillebaert

Marie a étudié la sociologie et l’ethnologie. L'humain l'intéresse. Elle étudie, pratique et transmet le Yoga avec enthousiasme. Après avoir suivi une formation Viniyoga avec Claude Maréchal, elle a été diplômée ETY et elle est à présent enseignante IFY . Au cours de plusieurs stages, elle a reçu l'enseignement de Michèle Lefèvre (Yogamrita) en Yoga et Ayurveda. Considérant qu'elle a encore tout à apprendre, elle fait de chaque voyage en Inde l'occasion de développer son expérience et sa connaissance du Yoga en suivant des enseignements de différentes traditions. Le Yoga qu'elle transmet est ainsi le fruit des diverses inspirations qui l'épanouissent dans sa pratique personnelle et qu'elle a à cœur de partager avec ses élèves à Lille et dans les Flandres



'A la recherche de son (loup-) gourou ?*' have 32 comments

  1. 3 mars 2016 @ 16 h 06 min beatrix

    et surtout le plus souvent un bon coup de pied au q !

    Répondre

    • 3 mars 2016 @ 22 h 21 min Marie

      Heureusement que les yogis vont et viennent à pieds nus… avec des chaussures de sécurité, le coup de pied au cul n’aurait pas le même effet ! 😀

      Répondre

  2. 3 mars 2016 @ 16 h 42 min Akshaya

    Comment ne pas apprécier cette fine plume qui nous enivre de sa sagesse, son humour, son enseignement, sa distance essentielle. Tout y est !
    Dès les premières lignes cela m’a ramené au roman magnifique de Hermann Hesse « Siddhartha », qui finalement a trouvé son Maître après avoir cessé de le chercher. Ce Maître l’était sans l’être, comme Marie nous l’a si bien décrit.

    Chère Marie, m’accepteriez vous pour disciple ? 😉

    Répondre

    • 3 mars 2016 @ 22 h 29 min Marie

      Profondément touchée, Akshaya ! Merci infiniment !

      Je n’ai pas lu ce roman (une lacune à combler…) mais je crois qu’il métaphorise bien, au-delà de la recherche du Maître, la quête de vie en général : c’est lorsque nous cessons ne lui chercher du sens que l’on finit par lui en trouver, c’est seulement une fois libérée de toute attente que nous pouvons commencer à vivre vraiment. En attendant, nous ne faisons qu’attendre de commencer à vivre… 😉

      Quant à votre question, Akshaya… à moins que je ne sois déjà en vous (si c’est le cas, n’hésitez pas à m’en informer 😀 ), je me vois désolée de devoir décliner… cela me chagrinerait d’entrer en rivalité avec le maître que vous logez si joliment déjà en vous. 😉 :)

      Répondre

      • 6 mars 2016 @ 7 h 23 min Akshaya

        https://fr.wikipedia.org/wiki/Siddhartha_(roman)

        Marie, voici un lien qui vous permettra d’avoir un aperçu du roman de Hermann Hesse et qui, j’en suis sûr, résonnera en vous comme un écho au Maître dissimulé qui demeure en Tout et en Tous.
        Au vu de vos écrits cela ne semble pas une nécessité dans votre cheminement, mais c’est une récréation ou une REcréation pour l’âme du Sadhaka. je vous en souhaite une belle et bonne lecture.

        Répondre

        • 7 mars 2016 @ 8 h 06 min Marie

          Merci beaucoup pour le partage de ce lien, Akshaya !
          En le lisant, je me suis récréée et Recréée avec beaucoup de joie. :)
          Et surtout cela m’a donné envie de lire ce roman. C’est déjà une victoire pour la piètre lectrice que je suis ! 😀
          Belle journée à vous !

          Répondre

        • 7 mars 2016 @ 11 h 18 min Marie

          Akshaya, vous n’allez pas me croire, un ami vient de me conseiller de lire (impérativement) Le loup des steppes de… Herman Hesse !!! 😉
          Le loup, qu’il soit gourou ou non, n’est donc jamais bien loin (ça ne m’étonne pas puisqu’il est déjà en soi 😉 )… 😀

          Répondre

          • 7 mars 2016 @ 14 h 36 min Akshaya

            On dit de Dieu qu’Il est un grand timide et qu’Il aime se cacher derrière les coïncidences :-)

            Quant au loup il symbolise beaucoup de choses, Le Loup :

            – Enseigne la connaissance spirituelle
            – Guide dans les rêves et méditations
            – Allie instinct (ou intuition) et intelligence
            – Symbolise les valeurs sociales et familiales
            – Protection personnelle et de la famille
            – Dupe les ennemis, déroute l’adversaire
            – Passe aisément inaperçu
            – S’adapte facilement au changement
            – Représente la fermeté, la ténacité du caractère, l’incorruptibilité
            – Le Courage, la dignité, la liberté
            – Symbolise la mort et la renaissance
            – Intervient lors d’importants changements de cycles.

            Que cette balade dans les steppes soit pour vous l’occasion d’un nouveau partage, une méditation, une réflexion… une nourriture sur le chemin.

          • 7 mars 2016 @ 18 h 32 min Kaivalya

            En lisant vos commentaires sur les loups je me suis souvenu de l’histoire de Saint François d’Assise et du loup de Gubbio, la voici ci-dessous :

            Au temps où François demeurait dans la ville de Gubbio, il y avait un grand loup affamé, très méchant et féroce, qui dévorait les animaux et s’attaquait même aux gens. Tous les habitants de Gubbio en avaient peur et, chaque fois qu’ils devaient sortir en dehors des murs de la ville, ils s’armaient comme s’ils partaient à la guerre. Un jour, les gens en eurent assez et voulurent se débarrasser du loup. Ils demandèrent à François de les aider. François répondit qu’il irait rencontrer le loup. Avec ses compagnons, il sortit donc de Gubbio, sans apporter aucune arme avec eux et mettant toute sa confiance en Dieu.

            Et le loup arriva à la rencontre de François en courant vers lui la gueule grande ouverte. Dès qu’il le voit, François dit :  » Viens ici, Frère Loup, et ne fais aucun mal à personne maintenant. » Aussitôt le loup arrête de courir, ferme sa gueule et vient se coucher aux pieds de François.

            – On m’a raconté bien des choses sur toi, lui dit François. Je comprends que les gens de Gubbio te détestent car tu as tué leurs bêtes et tu as même attaqué des personnes créées à l’image de Dieu. Mais je sais que c’est la faim qui t’a poussé à commettre ces crimes. Je veux faire la paix entre toi et les gens de Gubbio. Tu ne leur feras plus aucun mal, ils te pardonneront tous tes crimes, et ni les hommes, ni les chiens ne te poursuivront plus.

            En entendant François, le loup se met à remuer la queue et les oreilles, incline sa tête comme pour mieux écouter les propositions de François.

            – Frère Loup, continue François, si tu acceptes de faire la paix, je te promets que les habitants de Gubbio te nourriront tous les jours jusqu’à la fin de ta vie. Et toi, promets-tu de ne plus faire de mal ni aux bêtes, ni aux gens?

            Et le loup, en inclinant la tête, fait signe qu’il promet. François étend alors la main et le loup met sa patte dans la main de François en signe de promesse. Puis François revient à Gubbio avec le loup et il rassemble tout le monde sur la grand’place. Il dit aux gens de Gubbio :  » Mon frère loup promet de ne plus jamais vous attaquer si vous vous engagez à le nourrir tous les jours. » Et les gens de Gubbio, contents de faire la paix, promettent de nourrir le loup.

            À partir de ce jour-là, le loup vécut encore deux ans à Gubbio. Il venait dans la ville, entrait dans les maisons sans faire de mal à personne et sans qu’on lui fasse aucun mal. Il était nourri par les habitants. Jamais plus personne ni aucun chien ne le poursuivit jusqu’à la fin de sa vie.

            http://www.panoramio.com/photo_explorer#user=2461460&with_photo_id=42932396&order=date_desc

          • 8 mars 2016 @ 19 h 17 min Marie

            Quelles belles qualités que sont celles que le loup incarne !
            Le titre de mon texte, qui m’était apparu en plein Shitali (qui est pourtant une pratique que j’ai eu énormément de mal à apprendre à apprécier…), était donc bien trouvé… On ne peut que faire le parallèle entre ces symboles propres au loup et les attributs que l’on souhaiterait trouver chez le maître, que celui-ci soit près de soi… ou… en Soi… 😉
            Merci Akshaya pour le partage ! :)

          • 8 mars 2016 @ 19 h 35 min Marie

            Une histoire très inspirante, Kaivalya !
            On voit bien ici que, selon le regard qu’on lui porte, l’animal peut être aussi bien le prédateur à fuir, à haïr et à condamner ou alors le frère (« Frère Loup ») à approcher, à comprendre et à aimer… Voir en un être un prédateur réduit celui-ci à ce que l’on imagine qu’il est, voir un lui un frère fait de lui ce que l’on croit (croire… :) ) qu’il est…
            Au final, pour relier cela au Yoga, cela revient à la nature égotique et ignorante de l’homme qui vient recouvrir sa nature véritable qui n’est qu’Amour…
            Nous sommes tous et toutes à notre façon le loup de Gubbio…
            Et la faim – qui fait ici davantage écho à la nourriture affective et spirituelle plutôt qu’à la nourriture organique – peut pousser au crime lorsqu’elle est méprisée puisque la renier constitue déjà le premier crime…
            Saint-François est le maître qui a su satisfaire « la faim de loup » de la façon la plus juste : l’observer, l’écouter, le comprendre… et l’aimer…
            Merci Kaivalya pour ce beau partage et pour celui du dessous aussi auquel il ne me semblerait superflu de commenter quoi que ce soit…

          • 8 mars 2016 @ 19 h 50 min Akshaya

            Je vous en prie Chère Marie, c’est un véritable plaisir que d’échanger et partager avec vous.
            « Demandez et l’on vous donnera … »
            Euh ! ce n’est pas de moi, c’est un certain J.C qui l’a proclamé, il y a environ 2000 ans 😉

          • 9 mars 2016 @ 17 h 34 min Kaivalya

            Au delà de cette histoire vraie ou légende, peu importe, c’est de notre condition humaine qu’il s’agit. Marie vous l’avez bien dit, « nous sommes tous des loups de Gubbio », comme le loup nous tuons pour manger, pire que le loup nous nous tuons entre nous, souvent pour les pires des raisons, accroître notre territoire d’influence, pour des ressources de la planète, etc… Au 20ème siècle nous avons tué 100 millions d’êtres humains dans des guerres. J’ai appris récemment que l’homme (à une exception prés) est la seule espèce animale à s’entre-tuer. Le loup lui il tue pour survivre, par instinct naturel, nous nous tuons pour survivre mais aussi par intérêt, en fait nous sommes pires que le loup. Nous sommes aussi en train de tuer la planète et tout ce qui si trouve. C’est sûr que si nous continuons comme ça la planète elle va se défendre.
            Nous voyons le loup comme méchant et féroce parce-que nous faisons une projection, nous voyons dans le loup extérieur notre loup intérieur, mais c’est plus facile de désigner la négativité du loup que la notre, parce que regarder la notre nous fait culpabiliser. Ce que m’inspire cette histoire c’est qu’il faut se réconcilier avec notre loup intérieur, notre ego. Pour cela il faut s’accepter tels que nous sommes, pardonner notre (pauvre) condition humaine, lâcher prise. Lorsque ce sera fait, le loup extérieur deviendra notre frère et tous nos congénères aussi. Et peut-être qu’à ce moment là nous cesserons de nous entre-tuer. C’est sûr que Saint François d’Assise avait bien compris notre mode de fonctionnement.

          • 9 mars 2016 @ 17 h 48 min Akshaya

            Les deux loups, mars 2009.pdf

          • 9 mars 2016 @ 17 h 55 min Akshaya

            Un vieil Indien Cherokee racontait la vie à ses petits-enfants…
            Il leur dit :  » Je ressens un grand tourment.
            Dans mon âme se joue présentement une grande bataille.
            Deux loups se confrontent.
            Un des loups est méchant: il « est » la peur, la colère, l’envie, la
            peine, les regrets, l’avidité, l’arrogance, l’apitoiement, la
            culpabilité, les ressentiments, l’infériorité, le mensonge, la
            compétition, l’orgueil.
            L’autre est bon: il « est » la joie, la paix, l’amour, l’espoir, le
            partage, la générosité, la vérité, la compassion, la confiance.
            La même bataille se joue présentement en vous, en chacun de
            nous, en fait.
            Silencieux, les enfants réfléchissaient… Puis l’un d’eux dit :
             » Grand-papa, lequel des loups va gagner  » ?
            Le vieux Cherokee répondit simplement :
             » Celui que tu nourris ».
            Auteur inconnu

          • 13 mars 2016 @ 16 h 37 min Marie

            @Kaivalya : Oui, tout à fait d’accord avec tout ce que vous écrivez… Pour revenir sur ce que vous dites au sujet de la façon dont l’Homme perçoit le Loup, je citerai le Sermon de la Montagne (vu qu’Akshaya en a aussi cité une phrase : « Demandez et l’on vous donnera… » 😉 ) :

            « Pourquoi vois-tu la paille qui est dans l’œil de ton frère et ne remarques-tu pas la poutre qui est dans ton œil ? Ou comment peux-tu dire à ton frère : « Laisse-moi enlever la paille de ton œil », alors que toi, tu as une poutre dans le tien ? Hypocrite, enlève d’abord la poutre de ton œil, et alors tu verras clair pour retirer la paille de l’œil de ton frère. »
            Les béatitudes, Saint Matthieu, 7.3-6

            Saint-François s’adresse au loup en l’appelant « Frère Loup »…
            Il paraît que… « L’Homme est un loup pour l’Homme »… Le Loup serait alors ni plus ni moins qu’un Homme… :)
            Reconnaître en l’autre un frère revient à accueillir le loup qu’il abrite en lui et reconnaître dans le loup le frère qu’il est revient à percevoir en lui son humanité.
            Sachant que nous sommes le premier « autre » que nous avons à rencontrer et à apprivoiser, en nous appropriant l’espace de notre corps dans lequel habite notre âme (c’est bien au programme du Yoga, non ? :) ), alors je vous rejoins tout à fait Kaivalya. Je vous cite : « il faut se réconcilier avec notre loup intérieur, notre ego. Pour cela il faut s’accepter tels que nous sommes, pardonner notre (pauvre) condition humaine, lâcher prise. Lorsque ce sera fait, le loup extérieur deviendra notre frère et tous nos congénères aussi. »
            La véritable compassion, universelle et inconditionnelle, démarre en effet par celle que nous apprenons à développer envers nous-mêmes.
            Si en chacun de nous se trouve une part de Dieu c’est bien cette part que nous avons à nourrir afin qu’elle puisse transformer cette nourriture en miséricorde envers l’autre part, la part souffrante, celle de l’ego… (clin d’œil ici à Akshaya qui a relayé la légende amérindienne à laquelle j’avais justement pensé aux débuts de notre échange sur le sujet… nourrir le « bon » loup pour apaiser la souffrance qui affame le « mauvais » loup, répondre par l’amour à la souffrance tentée de se révolter par la violence).
            Alors oui, acceptation, compassion, consolation… et guérison…
            Et se souvenir que, si nous sommes mourants dès l’instant où nous naissons, cette part éternellement vivante dans notre cœur est là pour nous sauver. Pour nous sauver de nous-mêmes… de « notre (pauvre) condition humaine » (je reprends votre expression) par laquelle il nous est nécessaire de passer afin de faire le chemin vers notre véritable identité…
            Et finir par reconnaître dans l’autre et dans le loup non plus un frère mais une part de nous-même et… une part de Dieu lui-même…

            @Akshaya : Il parle bien ce J.C. ! 😀

          • 13 mars 2016 @ 17 h 20 min Akshaya

            Oui Marie, ce J.C a un talent oratoire extraordinaire et je ne serai pas surpris que vous ayez croisé son chemin dans une incarnation antérieure, de plus avec ce prénom divin que vous portez, le hasard étant illusoire, je comprend mieux vos qualités d’enseignante et de scribe de l’âme.
            Si vous me le permettez, j’ai une question à vous poser, vous dites :
            « Le titre de mon texte, qui m’était apparu en plein Shitali (qui est pourtant une pratique que j’ai eu énormément de mal à apprendre à apprécier…)

            Qu’est que « SHITALI » ?

            Merci par avance de votre réponse.

  3. 3 mars 2016 @ 19 h 44 min Kaivalya

    Bonsoir Marie,

    Avant même la lecture de la fin de cet article je savais qu’il était de vous. J’ai de suite reconnu vos talents de poétesse. Avec humour vous exprimez beaucoup de sagesse. Vous êtes notre « louve guru » 😉
    Vous avez complètement raison, le monde, la vie, la nature, les personnes que l’on rencontre, c’est ça le vrai Guru et finalement c’est notre Guru Intérieur, c’est à dire nous-même.
    Juste une petite remarque, vous dites pour Swami : terme utilisé en Inde pour désigner le maître.
    Même s’il y-a de véritables Maître Swami, je ne pense pas que tous les Swamis soient des Maîtres.
    Je vous livre ci-dessous une définition donnée pour Swami dans le livre « Kundalini Tantra »
    Début de citation
    Swami : littéralement « celui qui est le maître de son propre mental » ; un disciple sannyasin initié au sannyas par un guru ; celui qui a renoncé aux expériences mondaines comme but dans sa vie.
    Sannyas : la renonciation totale, le dévouement parfait.
    Fin de citation
    PS : j’ai 2 Swamis dans ma famille. :)

    Répondre

    • 3 mars 2016 @ 22 h 43 min Marie

      Bonsoir Kaivalya (Italia 😀 )

      C’est drôle, vous n’êtes pas le premier aujourd’hui à m’associer à la louve ! Ma fascination pour la Lune sans doute y est pour quelque chose (j’ose espérer que ce ne sont pas mes crocs et mes griffes… 😀 )…
      Je vous remercie pour le compliment en tout cas, même s’il me faudra laisser pousser ma fourrure pour mériter la comparaison ! 😀

      Je vous remercie sincèrement pour la précision que vous apportez au sujet du « Swami ». Mes connaissances restent encore aussi peu fournies que ma fourrure et c’est toujours une grande joie de pouvoir recevoir avec bienveillance et intelligence de quoi les étoffer. Je vais voir avec la direction 😉 s’il est possible d’intégrer votre citation dans ma note de bas de page en précisant votre contribution.

      Si je vous suis, les Swami sont donc des renonçants, mais ils ne transmettent pas nécessairement. Les 2 Swami de votre famille transmettent-ils en enseignement, quant à eux ?

      C’est amusant d’évoquer tout cela avec vous ce soir car je suis justement tombée pas plus tard que ce matin sur ceci :

      « Renoncez, renoncez à l’existence mondaine et ensuite renoncez même entièrement à cette renonciation. Tel du poison, laissez tomber cette idée égotique consistant à fuir le monde ou à l’éviter. Vous êtes le Soi pur, simple, immuable et immortel. »
      – Avadhuta Gita 3.46 –

      La Libération donc… Kaivalya en somme… 😉

      Répondre

      • 4 mars 2016 @ 11 h 30 min Kaivalya

        Swamis suite …
        Tout dépend de ce que l’on entend par Maître, si c’est transmettre un enseignement la plupart des Swamis le font, mais pas tous, si c’est être un Maître réalisé, je ne suis pas du tout sûr que tous les Swamis le sont.
        J’ai l’impression que dans certains ashrams indien les « Gurus » ont distribués les titres de Swami un peu « à la va vite », surtout aux occidentaux, il suffisait de vivre quelques temps dans l’ashram, ou de s’y rendre souvent pour être initié au Sanyas et se voir attribuer le titre de Swami. J’en ai parlé un jour à une amie Swami Britanique qui m’a dit ceci : « on nous a donné le diplôme avant d’avoir passé l’examen ».
        J’ai connu pas mal de Swamis dans ma vie, certains m’ont semblé éveillés, d’autres moins, mais ce n’était évidement que mon appréciation subjective (par rapport à ma propre confusion mentale du moment).
        N’oublions pas qu’un Swami est avant tout un être humain, et quand on est un homme, à part quelques exceptions très rares (avatars), on a les problèmes et les défauts des hommes. Saint François de Sales disait « là où il y-a de l’homme il y a de l’hommerie (bassesse, connerie,…) ».
        En fait Swami ce n’est qu’une étiquette de plus qui fait partie de l’identité. Mon guide spirituel m’a dit un jour quelque chose comme : « A la fin (la réalisation) on jette tout (symboliquement bien sûr), le Guru, la robe orange, le titre de Swami, etc…, ça ne sert plus à rien ».

        Répondre

        • 7 mars 2016 @ 8 h 02 min Marie

          Je trouve votre réflexion très juste et très complète, Kaivalya.
          Je crois que les titres de « Swami » sont en effet parfois distribués aux Occidentaux comme des bons points pour bonne conduite plutôt que comme réelle attribution significative et c’est dommage car cela discrédite un peu tout ce que sous-tend une responsabilité qui est loin d’être seulement un titre. N’est pas renonçant qui veut. Comme vous le dites, il ne suffit pas d’avoir passé quelques temps dans un ashram, jeûné quelques jours, participé à quelques kirtans pour pouvoir prétendre à cette gratification.
          J’aime beaucoup la phrase de votre amie Swami britannique : « On nous a donné le diplôme avant d’avoir passé l’examen ». C’est finalement un peu ce qui se passe avec les diplômes d’enseignement au Yoga… Après avoir suivi un temps plus ou moins long (qui est d’ailleurs souvent « moins » que « plus ») de formation, voilà de nouvelles promotions de professeurs de Yoga couronnées… Mais l’examen n’est pas celui qui est passé pour obtenir le fameux diplôme, l’examen c’est au quotidien et sur la durée qu’il est passé et ce, à chaque instant. Même si la comparaison est peut-être maladroite, je ressens un peu comme parallèles la dévotion au Sanyas et la dévotion au Yoga. Ce sont des « vœux » et une discipline perpétuellement renouvelés. Sinon… ce n’est sans doute qu’un titre, qu’un diplôme, qu’une médaille de plus à accrocher sur un ego qui n’a définitivement pas besoin de ça en plus… Une étiquette à laquelle s’identifier révèle probablement en fait souvent un manque de connaissance de Soi puisque ce revient précisément à réduire et définir le Soi dans un cadre toujours par trop restreint, limitant et donc erroné.
          Par ailleurs, on voit parfois des situations de personnes qui se perdent en se confondant avec leur « titre » et en croyant que l’accession à ce titre ou ce statut est une fin en soi acquise définitivement quoi qu’il arrive, comme une non-acceptation de la nature changeant de l’Univers… Alors que, lorsqu’une grâce nous est faite, la moindre des choses consiste à en rester digne à chaque instant. Rien n’est définitif et ce qui est aujourd’hui ne sera peut-être plus demain, notre condition d’humain nous le rappelle assez bien.
          Car, comme vous le rappelez si bien… nous ne sommes que des Hommes… Et tant mieux d’ailleurs ! Ca nous rappelle à l’humilité qu’il nous est nécessaire de garder : nous ne pouvons pas rien, mais nous ne pouvons pas tout. Et les Swami ne font pas exception à cela… 😉

          Répondre

        • 7 mars 2016 @ 20 h 48 min Nagesh

          On s’octroie un titre de swami pour se rassurer de sa spiritualité, de son engagement, de son renoncement… La robe orange montre aux autres le statut, à quoi il faut s’attendre en quelque sorte, ce sont encore des conventions et je veux bien croire que tout cela devient inutile au final lorsqu’on renonce même à exister aux yeux du monde car il s’agit encore de cela.

          Répondre

        • 8 mars 2016 @ 19 h 42 min Akshaya

          d’où l’expression consacrée : « l’habit ne fait pas le moine ! »

          Répondre

          • 14 mars 2016 @ 15 h 44 min Kaivalya

            Il y a aussi cette expression qui colle bien à l’actualité :
            « Si derrière toute barbe il y avait de la sagesse, les chèvres seraient toutes prophètes. » 😉 😉 😉

  4. 3 mars 2016 @ 19 h 50 min Jean Christophe Autissier

    Juché sur nos croyances, il y a surtout le maitre qui nous desarçonne dans la poursuite de nos illusions, mais là adieu musique celeste, petits oiseaux, ciel bleu et grands sourires.Le maitre est souvent celui qui nous met KO…

    Répondre

    • 3 mars 2016 @ 22 h 17 min Marie

      A vrai dire, Jean Christophe, je m’aperçois souvent que celui qui nous met le plus KO dans la vie… c’est nous-mêmes… 😉
      Et il ne tient qu’à nous de ne pas rester dans le chaos dans lequel nous nous sommes fait nous-mêmes tomber… Ce qui nous met KO est ce qui nous désarme, ces prises de conscience qui – le plus souvent – se font seuls grâce à tout ce qui constitue l’expérience humaine que nous vivons.
      Et selon la manière dont on DECIDE de les percevoir, le chant des oiseaux peut être symphonique ou bien insupportable (et dans ce cas, on ferme bien toutes les fenêtres l’été pour ne pas être réveillé de mauvaise humeur de trop bonne heure…),
      le ciel peut être lumineux ou bien aveuglant (et dans ce cas, on râle en tirant les rideaux pour ne pas être éblouis devant notre écran d’ordinateur qui devient plus important à regarder que le tracé parfait du passage dans le-dit ciel bleu…),
      le fruit peut être savoureux et juteux ou bien trop sucré et éclaboussant (et dans ce cas, on s’énerve de voir dégouliner le sirop collant le long de nos poignets qu’il va falloir nettoyer…),
      les sourires peuvent être généreux et aimants ou bien mielleux et suspects (et dans ce cas, on se met sur nos gardes et nos défensives sous une amure vouée à protéger un cœur soigneusement enfermé à double tour de peur d’être abîmé), …
      Il est là je crois notre maître… Il est dans chaque chose que nous vivons et que nous décidons d’accueillir et de vivre telle qu’elle est, sans jugement ni interprétation… ou bien que nous décidons de passer sous le tamis assassin de notre ego qui vient condamner et tuer ce à que nous n’avons même pas laissé la chance de vivre.

      Quelqu’un peut avoir à sa disposition l’enseignement prodigieux de la part d’un maître d’une sagesse suprême et pourtant passer complétement à côté de tout cela s’il reste hermétique à cet enseignement (le plus souvent parce qu’il n’est pas (encore) prêt à l’intégrer). si le maître intérieur n’est pas convoqué et invoqué, je crois qu’il sera difficile pour quelqu’un de recevoir ce qui lui est donné car il maintient sans doute en lui trop de résistances contre ce qui peut l’aider à se libérer du joug qu’il laisse son ignorance avoir sur lui. C’est en cela aussi, il me semble, que nous sommes notre propre maître : nous tenons en nous à la fois les verrous qui nous emprisonnent et en même temps les clés pour les desceller.

      Pour revenir sur votre phrase « Le maître est souvent celui qui nous met KO… », de mon côté, j’aurai plutôt tendance à penser que ce n’est pas le maître (qu’il soit extérieur ou intérieur, d’ailleurs) qui nous ébranle, c’est ce que nous comprenons de son enseignement. Car, le maître est censé – mais corrigez-moi si je me trompe – apporter seulement des pistes suffisamment libres pour que nous puissions en tirer nous-mêmes notre propre enseignement. Nous construisons donc nous-mêmes cet enseignement à mesure où le maître (encore une fois qu’il soit extérieur ou intérieur) le délivre.

      Ceci n’est en tout cas que ma perception de ce sujet si vaste qu’il est passionnant de pouvoir échanger et votre expérience est la bienvenue si vous souhaitez la partager.

      Bien à vous, Jean Christophe ! Mon maître intérieur salue cordialement le vôtre ! Pour faire simple… : Namaste… 😉

      Répondre

  5. 4 mars 2016 @ 12 h 45 min Jean Christophe Autissier

    Marie, c’est effectivement un bien vaste sujet et je voulais juste souligner le rôle pas toujours drôle du maitre.
    Pour toute autre matière que spirituelle, on entend bien que les maitres peuvent être de nature multiple, plus ou moins sévère et d’un enseignement plus ou moins accessible. Il en va pourtant de même dans cette discipline qui nous préoccupe qui est celle d’annihiler l’égo ou tout au moins le remettre à sa place et c’est le rôle du gourou. Les prêtres eux chantent les cantiques et donnent la bonne parole, c’est aussi nécessaire. Il suffit de se tourner vers les contes, mythes, légendes ou testaments du monde pour trouver de savoureux récits de disciples confronter à des maitres effrayants, Milarepa en témoigne et dans un autre genre, Carlos Castaneda craint le nagual don genaro autant qu’il affectionne le nagual don juan. Chez les sages, tantrikas ou yogis, il est quasiment admis qu’une catastrophe est nécessaire à l’éveil, le guru le sait, pour le disciple c’ est une surprise.
    Comme tu le dis justement, le gourou intérieur sert de miroir à nos âmes et nous réfléchissons notre état intérieur dans la vision que nous avons du monde. Si bien que le gourou extérieur se doit lui sans compromissions et en retour, réfléchir l’ Âme absolue du monde, mais aussi nos états d’âme et quand on connait la nature humaine, cela ne peut pas être qu’une partie de plaisir pour tous les deux! :-)
    Bien à toi

    Répondre

    • 7 mars 2016 @ 8 h 24 min Marie

      « annihiler l’égo ou tout au moins le remettre à sa place »… j’aime ta précision, Jean Christophe :)
      Et je suis bien d’accord avec toi, une catastrophe est probablement une condition nécessaire à l’éveil puisqu’elle constitue le carburant qui anime le moteur de notre envie de nous sortir de l’ignorance. La pratique doit, selon moi, être tout sauf tiède, sinon c’est – comme je l’appelle, mais sans mépris aucun – du « Yoga de confort » : ça rend le quotidien plus doux mais est-ce vraiment ce dont nous avons besoin pour évoluer ?… La pratique doit – je crois – bouleverser, c’est son rôle. Tout comme c’est le rôle du maître (encore une fois qu’il soit intérieur ou extérieur). Etre caressés dans le sens du poil ? On n’est pas des p’tits chats ! Nous avons impérativement d’être bousculés profondément intérieurement, sinon comment arriverions-nous à développer des ressources qui resterez endormies si nous ne les stimulons pas à un réveil propice à notre éveil ?
      Je vous rejoins donc tout à fait ! :)

      Répondre

      • 7 mars 2016 @ 23 h 17 min Jean Christophe Autissier

        Tout à fait, c’est bien dit, sans même avoir évoqué shaktipat (la grace du gourou) mais c’est une autre face bien plus mystérieuse dans ce vaste sujet.

        Répondre

  6. 4 mars 2016 @ 15 h 49 min Vincent

    Bonjour à tous,

    Au fond, que de sagesse et de vérité à la lecture de ce texte et des commentaires de chacun !

    Les « crises d’identité spirituelle » existent tout autant que les crises d’adolescence, crise de la quarantaine etc… Et il n’est dans ce cas pas étonnant de voir des personnes chercher désespérément un maître, quelqu’un à qui se rattacher, voir s’identifier, qui leur permettra « d’exister » en se ralliant à lui en espérant que le maître soit « LA » solution pour l’évolution du disciple. Mais je pense, effectivement, que nous sommes notre propre maître et que tous les grands gourous, Swami etc… ne sont que de modestes guides qui, certes, peuvent nous apporter de grands et précieux éclairages, mais au final nous avons déjà en nous tout ce qu’il faut pour évoluer.

    J’ai eu l’occasion à plusieurs reprises de séjourner en Ashram (en France), et le Swami qui nous a donné des enseignements est loin d’être parfait. C’est une personne certes, gentille et aux grandes connaissances, mais j’ai eu l’occasion de l’observer et de voir ses travers. Et heureusement, car cela nous décomplexe.

    Les maîtres m’ont apporté de précieux éclairages, que ce soit en personne (Swami) ou au travers de leurs livres, mais j’ai aussi énormément appris des gens simples qui m’entourent, ou que j’ai pu croiser un jour, simplement en observant leur vision de la vie et des choses.

    Peut-être que quand les gens auront compris qu’il suffit qu’ils regardent en eux, alors nous ne verrons plus tant de personnes imaginer trouver ailleurs (en Inde, au Tibet ou je ne sais quelles autres contrées lointaines) ce qu’elles ont déjà devant les yeux et en elles.

    Quand j’ai commencé le Yoga il y a quelques années, je pensais que je trouverais les meilleures choses en Inde, voir qu’il serait indispensable de rencontrer là-bas les maîtres des grandes traditions. Mais au fil de ma pratique, qui a fait évoluer ma vision des choses, j’ai compris que ce n’était vraiment pas indispensable et que j’avais tout déjà ici. Ainsi, alors même que je suis fidèle au Yoga de ma tradition, je me rends compte que ma pratique personnelle, les livres écrit par les grands maîtres (de ma tradition), mon professeur de Yoga et tout ce que j’ai ici, en France, suffisent à éveiller petit à petit mon potentiel d’accomplissement.

    Si un jour je peux aller en Inde, berceau du Yoga, j’irais avec plaisir. Mais en tout cas, aujourd’hui, j’ai monté une petite et modeste marche de plus sur le très long escalier de l’évolution spirituelle en restant chez moi, devant mon ordinateur, grâce à ce texte et à vos messages, qui apportent de nouvelles compréhensions.

    Nous sommes tous des professeurs, voir des maîtres pour certains, sans le savoir. Et ici je lis avec plaisir des messages sages et de grandes qualités.

    Bonne continuation à tous !

    Répondre

    • 7 mars 2016 @ 9 h 04 min Marie

      Merci beaucoup Vincent pour le partage de votre expérience qui enrichit un peu plus les commentaires des autres personnes qui ont précédé le vôtre.
      Je retiens surtout cette phrase qui me semble parfaitement bien résumer les choses : « tous les grands gourous, Swami etc… ne sont que de modestes guides qui, certes, peuvent nous apporter de grands et précieux éclairages, mais au final nous avons déjà en nous tout ce qu’il faut pour évoluer. »
      Je crois en fait que la recherche éperdue d’un maître revient en fait à la recherche de soi-même mais il semblerait qu’il soit moins vaste et effrayant de parcourir le monde que de se parcourir soi-même… 😉
      Mais dans un sens, lorsque je lis votre désenchantement simultané à votre soulagement de voir les imperfections du maître auprès duquel vous avez reçu un enseignement, je me dis qu’au fond c’est probablement cela le meilleur enseignement qu’un maître a à offrir à son disciple : lorsque celui-ci parvient à voir en son maître non plus un dieu mais un homme, c’est qu’il est parvenu à tirer le meilleur profit de l’enseignement qu’il a reçu, je crois. En fin de compte le « maître » est souvent une projection et souvent une source de transferts. Il y a d’ailleurs un livre particulièrement éclairant sur le sujet, je vous le recommande. Il s’agit de « Le Maître et le thérapeute » de Jacques Vigne. Cet ouvrage, rédigé par un psychiatre français, disciple de Sri Vijayananda (lui-même disciple de Ma Ananda Moyi), fait le parallèle entre la relation maître-élève en Inde et la relation thérapeute-patient en Occident. C’est vraiment très intéressant. Notamment l’idée qu’à un moment, l’élève-disciple doit trouver son autonomie…
      Quant à l’Inde, oui, je suis bien d’accord avec vous. Elle représente un voyage ô combien passionnant mais en aucun cas incontournable pour pouvoir avancer dans sa pratique spirituelle, le plus grand voyage n’étant nul autre que celui que nous avons à entreprendre et à réaliser au sein de nous-mêmes… 😉
      Bon voyage Vincent ! :)

      Répondre

  7. 7 mars 2016 @ 13 h 58 min Kaivalya

    Bonjour à tous,
    Vous avez peut-être remarqué que je suis profondément chrétien. En relisant l’article de Marie et les commentaires tous de grande qualité, j’ai repensé au cantique des créatures de Saint François d’Assise.
    Saint François a écrit ce chant, poème, à la fin de sa vie alors qu’il avait déjà reçu les stigmates de la crucifixion et il était assez malade….

    Voici ci-dessous un extrait du livre « Le Cantique de Frère Soleil » d’Eloi Leclerc :

    …mais ce n’était plus le temps de se replier sur soi, de gémir ou de regarder en arrière et de rêver à autre chose. C’était le temps de célébrer et de chanter.  » Réjouis-toi… « , voilà ce que le Seigneur attendait de lui maintenant. Se réjouir avec toute la création. « Ton affaire, c’est la joie, la joie de toutes choses semble. » II n’y avait rien de plus important pour l’avenir de l’Église et du monde. Cela aussi, c’était réparer la maison de Dieu !
    Alors un immense élan de louange souleva l’être de François, réveillant en lui des réserves d’enthousiasme et le regard émerveillé de l’enfant. Et cette louange avait la splendeur du soleil, l’éclat des étoiles, les ailes du vent, le murmure de l’eau, l’impétuosité du feu et l’humilité de la terre. Un grand soleil tournait dans l’âme de François. Le jour se levait sur Assise. C’était un matin merveilleux de lumière. François appela ses compagnons. Il rayonnait. Il s’assit, se concentra un instant et se mit à chanter :

    « Très-haut, tout puissant, bon Seigneur
    à toi les louanges,
    la gloire et l’honneur
    et toute bénédiction ;
    à toi seul, Très-Haut, ils conviennent,
    et nul homme n’est digne de te nommer.

    Loué sois-tu, mon Seigneur,
    avec toutes tes créatures,
    spécialement messire frère Soleil,
    qui fait le jour,
    et par qui tu nous illumines :
    il est beau,
    il rayonne avec grande splendeur :
    de toi, Très-Haut, il est le symbole.

    Loué sois-tu, mon Seigneur,
    pour sœur Lune et les Étoiles :
    dans le ciel tu les as formées,
    claires, précieuses et belles.

    Loué sois-tu, mon Seigneur,
    pour frère Vent
    et pour l’air et pour les nuages,
    pour l’azur calme et tous les temps
    par lesquels tu donnes vie à tes créatures.

    Loué sois-tu, mon Seigneur,
    pour sœur Eau,
    qui est très utile et humble,
    précieuse et chaste.

    Loué sois-tu, mon Seigneur,
    pour frère Feu,
    par qui tu illumines la nuit :
    il est beau et joyeux,
    indomptable et fort.

    Loué sois-tu, mon Seigneur,
    pour sœur notre mère la Terre
    qui nous nourrit et nous porte,
    et produit toutes sortes de fruits,
    avec les fleur s diaprées et les herbes. »

    Cet homme qui portait dans sa chair les plaies du Christ chantait la fraternité du soleil, des étoiles, du vent, de l’eau, du feu et de la terre. Jamais pareille rencontre ne s’était produite entre la nuit des grands dépouillements et la splendeur du monde, entre la croix et le soleil.
    Ce chant qui célébrait les noces du ciel et de la terre était, en vérité, le chant de l’homme nouveau, touché par la gloire de Dieu. C’était le chant de l’homme réconcilié, sauvé.

    Répondre


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Attention ! Le yoga n’est pas sans risque

25 novembre 201625 novembre 2016
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Ouvrez vos chakras et ayez conscience de vos limites.

C'est l'une des études les plus conséquentes disponibles à ce jour sur la pratique du yogae t les blessures qui peuvent en résulter. Menée par deux chercheurs en traumatologie et épidémiologie de l'université d'Alabama de Birmingham, il en ressort que le yoga n'est évidemment pas le sport le plus traumatogène du répertoire, mais qu'il n'est pas pour autant dénué de risques. Et que les yogistes ayant dépassé les 65 ans doivent redoubler de prudence, car ce sont eux les plus vulnérables aux entorses, élongations et autres fractures. Le travail de Thomas A. Swain et Gerald McGwin, rassemblant quatorze ans de données récoltées aux États-Unis, montre aussi que le yoga a gagné en popularité sur la période, et que la fréquence des blessures s'en ressent. En moyenne, elle était de 10 pour 100.000 participants en 2001 et grimpe à 17 pour 100.000 en 2014. Après 65 ans, cette incidence –58 pour 100.000– est bien plus élevée, avec trois fois plus de fractures que pour les autres classes d'âge. Pour les individus âgés de 45 à 64 ans, elle est de 18 pour 100.000 et de 12 pour 100.000 pour ceux de 18 à 44 ans.
«Les blessures liées au yoga sont relativement rares, explique Swain, et comme on aurait s'en douter, l'incidence a tendance à monter avec l'âge du participant. Nous avons aussi observé que le taux de blessures augmente sur la période, ce qui pourrait traduire une plus grande popularité du yoga, avec davantage de personnes inexpérimentées qui ne prennent pas les précautions d'usage pour éviter les problèmes.»
Swain recommande de «consulter son médecin avant de débuter le yoga, d'être prudent et de connaître ses limites personnelles». Des limites que bon nombre de pratiquants débutants sont à même d'ignorer car «le yoga est bien plus difficile et exigeant qu'on le pense», précise McGwin. Au total, ce sont 29.590 blessures que les chercheurs ont répertoriées. Près de la moitié (45%) sont des entorses et le haut du corps est visiblement la zone la plus fragile.

Du yoga au travail….

21 septembre 201621 septembre 2016
yoga au bureauVous pouvez aller travailler ! » La séance d'une heure est terminée. Paula Taylor, professeur de yoga du réseau de coachs sportifs Fizix, libère ses douze élèves. Du chef sommelier à la femme de ménage, les 550 salariés du Bristol peuvent participer gratuitement à ce cours. Organisé dans une petite salle climatisée réservée aux employés, il coûte entre 80 € et 120 € au Comité d'Entreprise du palace. « Le point fort, c'est qu'il y a une homogénéité des groupes et ça crée une dynamique », se félicite son secrétaire adjoint Damien Largeau.   Collé serré   « On peut rencontrer des collègues d'autres services », renchérit Lucie Demai, hôtesse d'accueil. Allongé à sa gauche sur un tapis, Tony Le Douigou, dont elle n'a jamais été aussi proche, en est à son deuxième cours. « C'est plus apaisant que d'aller courir, observe le demi-chef de rang. Idéal pour se détendre avant de commencer le travail, de 16 heures à minuit ».   Debout depuis 7 heures du matin, le directeur d'achats Thomas Trucheret est en nage à la fin du cours, mais il savoure cette coupure en milieu d'après-midi : « J'aborde sereinement la deuxième partie de journée, sur le plan profesionnel et à la maison avec mes trois enfants ». Et de conclure, sourire en coin : « Le stress retombe. C'est parfait  : avec notre clientèle exigeante, il faut être très réactifs. » Voir l'article

Musculation et yoga, nouvelle mode made in US

23 août 201623 août 2016
reverse-ab-crunch

De nombreux hommes adeptes de musculation délaissent les poids et haltères pour des matelas de yoga, prenant le pas de l'intérêt grandissant pour une variante plus virile du yoga traditionnel, le «broga».

Le yoga, activité vieille de plusieurs millénaires, était autrefois pratiqué exclusivement par des hommes. L'activité physique «mâle» de l'ère moderne est aujourd'hui tout autre. «Le yoga se résume à bien plus qu'à des femmes qui se contorsionnent tels des bretzels végans», a lancé l'entrepreneur qui a fondé les cours de Jock Yoga, Michael DeCorte. Le centre d'entraînement Equinox de Toronto offre ces séances d'entraînement qui unissent les salutations au soleil à la musculation. De plus en plus de professeurs de yoga tentent d'attirer davantage d'hommes dans leurs classes en proposant des exercices qui misent sur la force plutôt que la flexibilité. Les adeptes de yoga sont constitués à 70% par des femmes, selon une étude de l'institut Ipsos publiée en 2016. M. DeCorte estime malgré tout que 50 à 85% des sportifs qui assistent à ses ateliers de Jock Yoga sont des hommes. D'autres centres de type «broga» essaiment un peu partout au pays. Jo-ga, à Halifax, Yoguy, à Vancouver, et le studio montréalais Mudraforce - où l'activité se pratique en toute nudité- ont notamment vu le jour. Une compagnie basée au Massachusetts, Broga yoga, détient un brevet sur l'emploi du mot-valise. L'entreprise se vante d'avoir plus de 12 000 clients et 500 professeurs à travers le monde, notamment par ses cours offerts par le biais de vidéo en ligne. Selon l'instigateur du «broga», Robert Sidoti, nombre d'hommes sont attirés par les bienfaits du yoga, mais craignent d'avoir un air efféminé en prenant la position du lotus.
En lire plus ...

Le dalai lama juge qu’il y a trop de réfugiés en Europe

31 mai 201631 mai 2016
Dalai lama trouve qu'il y a trop de réfugiés en EuropeLe dalaï-lama a estimé qu'il y avait à présent "trop" de réfugiés en Europe après la vague d'arrivée l'an dernier et que ces migrants cherchant protection ne devaient rester que provisoirement sur place, dans une interview publiée aujourd'hui en Allemagne. "Quand nous regardons le visage de chaque réfugié, surtout ceux des enfants et des femmes, nous ressentons leur souffrance et un être humain qui a de meilleures conditions de vie a la responsabilité de les aider. Mais d'un autre côté, il y en a trop à présent" en Europe, a déclaré le chef spirituel des Tibétains au quotidien Frankfurter Allgemeine Zeitung. "L'Europe, l'Allemagne en particulier, ne peut devenir un pays arabe, l'Allemagne est l'Allemagne", a-t-il ajouté, en référence au fait qu'une majorité des migrants vient de pays arabes comme la Syrie ou l'Irak. "Il y en a tant que cela devient difficile sur le plan pratique. Et sur le plan moral, je trouve aussi que ces réfugiés ne devraient être accueillis que provisoirement. L'objectif devrait être qu'ils retournent (dans leur pays) et aident à reconstruire leur pays", a estimé le dalaï-lama, qui vit lui-même en exil en Inde depuis plus de 50 ans. L'Allemagne a accueilli l'an dernier un nombre record d'un million de réfugiés. Source Le Figaro

Tendance: le yoga en moumoute et chaussures de ski…

6 avril 20166 avril 2016
ski_yoga_poseLe murmure du torrent et le chant des oiseaux dans les bouleaux apaisent déjà. Dans le décor vivant du Plan de l’Eau, aux Menuires, se déroule la randonnée «yoga et raquettes», encadrée par Brigitte Ruff, accompagnatrice en montagne, et Anita Thevenot, masseuse ayurvédique. Après une première marche dans la poudreuse, telle une page blanche, une première pause est consacrée à des exercices d’étirement. Le groupe, limité à douze personnes maximum, forme un petit cercle. Raquettes aux pieds, on tend et on étire ses bras vers le ciel. Profonde inspiration, puis on relâche totalement son buste et ses membres supérieurs jusqu’à frôler la neige. Pendant une quinzaine de minutes, Anita aide chacun à prendre conscience de son corps. «La montagne, avec son paysage somptueux et son air pur, offre un cadre idéal pour pratiquer le yoga pranayama, qui met l’accent sur la respiration», précise-t-elle. On repart ensuite plus détendu, attentif aux empreintes d’animaux et au silence, seulement rompu par le bruit feutré des raquettes. Plus loin, c’est la posture de la salutation au soleil. Un long et ressourçant déroulement du corps, pratiqué plusieurs fois, après avoir déchaussé et s’être installé sur un petit tapis de yoga, prêté par Anita. Les deux autres pauses zen sont consacrées à des exercices respiratoires et à de la méditation, assis en tailleur. Lancées l’an dernier au départ de la station de Val Thorens, ces randonnées bien-être hebdomadaires, de trois heures, affichent complet. Les clients? Souvent des femmes, n’ayant jamais pratiqué le yoga ou même les raquettes, mais curieuses de découvrir cette balade hybride. Morzine mise aussi sur l’engouement autour du yoga. Probablement inspirée par la station suisse d’Engadin St. Moritz qui lançait en 2014 la première piste de yoga du monde, Morzine propose cet hiver la piste des yogis, un itinéraire bleu de 2400 mètres jalonné de dix emplacements pour pratiquer des postures relaxantes, sans forcément ôter ses skis. Enfin, sous le nom de marche afghane, évocateur de montagne loitaine, la station de Samoëns invite à une sortie en raquettes accompagnée par un professionnel. Durant cette randonnée, le travail constant sur la respiration facilite la gestion de l’effort en altitude et relaxe. Les activités bien-être en montagne ne se résument plus à des papouilles et des bains bouillonnants dans des centres aqualudiques mais tirent parti, enfin, d’un environnement unique. Voir l'article sur le site de Libération

Le paradoxe Vegan de la femme branchée.

2 novembre 20152 novembre 2015
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Assez régulièrement ( et de plus en plus ) je vois des gens arriver à un mode de vie vegan ( ce qui en soit est plutôt bien ) mais ce que je trouve étrange c’est souvent le paradoxe éthique assez flagrant et parfois cliché.
Pour commencer, beaucoup des végan avec qui j’ai les échanges les plus houleux sont souvent des filles, entre 20 et 30 ans, « converties » depuis assez peu de temps.
Autant je crois sincèrement aux bienfondés de ce mode de vie lorsqu’il est choisi et pensé de bout en bout, autant je suis souvent confronté à des situations de fort malaise lors de nombreux échanges.
Cela se manifeste par plusieurs choses récurrentes : le prosélytisme, la suffisance et l’incohérence.
Je vais dresser un portrait caricatural pour essayer de bien faire comprendre ça … ( pour ce faire je ne vais que juxtaposer des éléments issus de posts ayant défilé sur mon fil d’actualité perso )
Faisant la queue pour avoir son café-pumpkin starbuck, elle attend en faisant un petit selfie marrant pour montrer son nouveau bonnet en coton bio.
Elle poste ça en ligne avec son nouvel iphone.
Un peu plus tard elle rentre chez elle, se fait un petit smoothie banane, mangue et lait de coco, le tout dans un super blender trouvé sur amazon.
Un petit tour sur son compte instagram nous fera découvrir sa garde robe pour constater que toutes les fringues sont bio. Comme tout est bio, le label "équitable" est apposé sur son chocolat, son café et ses épices.
Plus tard, un passage sur son compte facebook nous montrera de nombreux partages militant où on voit combien l'industrie agro-alimentaire est trash (les vidéos le montrent très bien assurément … (ne pas aller sur une page d'une végan à l'heure du repas !).
On la verra également se réjouir de la fermeture d'un abattoir, voyant le signe d'un réel progrès pour "la cause".
Elle prend soin d'elle, les statistiques publiées sur ses joggings grâce à l'application embarquée dans ses nike en sont la preuve ! Et après une bonne douche avec un savon Lush elle sent super bon le fruit de la passion.
Et ce soir après cette belle journée elle se fait un petit plaisir : un steak végétal. Tellement bien fait qu'on dirait trop de la viande (mais sans la souffrance animale) ! Un petit bout de "Faux-mage" à base de noix de cajou et un avocat. Et en dessert un petit bout de chocolat équitable.
Elle a le sourire en préparant ses vacances en Thaïlande en achetant sont billet en ligne sur son macbook, avec son chat sphinx qui ronronne sur ses genoux et peux enfin aller se coucher, en paix avec elle-même et ses convictions … aujourd'hui encore, elle n'a été la cause d'aucune souffrance animale.
Et là je vous vois venir avec un "Heuuu mais Samten, il est où le problème, je ne vois pas trop où tu veux en venir … elle a l'air plutôt cool la nana là … non ?"
Oui oui elle est cool ! Et c'est vraiment chouette que par son véganisme elle se sente impliquée dans la cause animale, le progrès et l'évolution de l'humanité à des hautes sphères de conscience et d'empathie !
MAIS … Et hélas c'est là que le bât blesse…
Son café est issu de la souffrance des hommes, d'une production qui détruit l'environnement dans lequel il est produit et contribue au déséquilibre nord-sud où la domination occidentale est vécue de plein fouet par les producteurs-esclaves.
Son téléphone est issu d'une production où les métaux rares sont également issus de productions où les hommes sont traités en esclaves dans des mines aux conditions abominables. En plus l'obsolescence perçue fait qu'elle changera de téléphone alors même que ce dernier sera encore tout à fait fonctionnel.
Elle se réjouit de la fermeture d’un abattoir sans réaliser que le nombre d’animaux abattus restera inchangé ... le seul changement sera que ces pauvres bêtes devront parcourir encore plus de distance dans le transport final ... l’élément souvent le plus traumatisant pour l’animal (mais aussi pour l’éleveur qui respecte ses animaux).
La banane de son smoothie provient d'équateur, issue d'une terra-formation imposée par les États-Unis pour que ces pays ne viennent pas concurrencer la production de maïs OGM. La mangue provient d'Inde et a peut-être véhiculé des parasites qui détruisent nos vergers. L'avocat provient d'Israël et le lait de coco de Thaïlande, finançant les deux des régimes politiques discutables. Les transport “bio” n’existe pas ... les bateaux délestent en pleine mer, les camions brulent du gasoil et dans les deux cas il y a un paquet de dommages collatéraux. Ben oui, combien de dauphins pris dans les pales des bateaux, de biches , d’oiseaux, de hérissons percutées, écrasés pour que nos fruits exotiques arrivent à bon port ?
Son blender vient de chine, assemblé dans une usine où les gens sont traités comme de la marchandise et payés une misère et acheté sur un site qui bafoue le droit du travail à longueur de temps.
Ses habits, comme sa nourriture, ont parcouru des milliers de kilomètres pour être parfois produit avec des produits chimiques (malgré les labels bios affichés) et cousu par des enfants, au même titre que ses nikes.
Sa fausse viande et son faux fromage sont issus de productions industrielle et chimique pas forcément très saine et de loin pas locale
Son chat provient d'un élevage de croisements génétiques et nourrit avec des boites industrielles (et là autre paradoxe : doit-on imposer le véganisme aux animaux … ah ben non ce serait aller à l'encontre de leur nature, dans ce cas là c'est pas pareil)
Son billet d'avion compensera le bilan carbone de son véganisme.
A côté de ça j'essaie d'imaginer une personne qui consommera bio, local, de saison avec, certes de la viande de temps en temps (mais qui vient d'un paysan qui connaît toutes ses bêtes) qui portera ses fringues jusqu'à l'usure, n'aura que le strict nécessaire chez lui, pas de robots ménagers dans tous les sens, pas d'ordi, pas de fruits exotiques … et qui pourtant sera la "cible" des végans en raison de son manque de conscience et de sensibilité… et là je me dit qu'il y a un soucis dans la manière qu'ont les végans de mener leur "combat" …
Je me dois de rajouter un GROS P.S. à ce texte : je ne me considère absolument pas comme étant moi-même éthiquement irréprochable, loin de là ! J'essaie de faire au mieux ma part en restant un maximum cohérent entre mes convictions et mes capacités de consommation. Mais par contre l'issue de mes réflexions, de mes pensées, mes idées, je les PARTAGE. J'espère que parfois ma vision des choses en convainc certain mais je considère toujours que les choix éthique sont personnels et que nous ne pourrons jamais être irréprochables sans devenir extrêmes et sans s'extraire totalement du système, ce qui n'est pas ma volonté, au contraire, j'espère pouvoir être le témoin d'évolutions du système dans "mon" sens quitte à devoir faire des compromis, mais que je choisis.
EDIT : suite à l’engouement et aux nombreux comm qu’a suscité cet article aux différents endroits où il a été partagé et comme ça a dépassé le cercle des gens qui me connaissent, je me dois de me présenter pour permettre de contextualiser éventuellement cet article. Pour commencer je dois moi-même faire face à de nombreux paradoxes de consommation lié à mon choix de travail : étant photographe j’ai en effet beaucoup de matériel technologique ( ordinateurs, tablette, appareils photos ... ) qui ont un cout éthique important. Je n’ai pour le moment pas trouvé de solution pour ce pan là. J’ai passé plusieurs période de ma vie à appliquer un régime végétarien et un mode de vie assez proche des principes végétaliens sous pas mal d’aspects. Je me considère comme étant assez impliqué dans les domaines de la réflexion sur nos modes de vies, nos interactions avec l’environnement. J’ai un très grand intérêt pour la permaculture, les productions équitables ( je ne parle pas des labels qui spolient le terme ). Suite à de nombreuses réflexions j’en suis venu à avoir un mode de vie où les choix alimentaires et de consommation générale sont souvent mis dans la balance du pour et du contre au moment de l’acte d’achat. J’ai également un régime alimentaire qui est aussi très “fashion” car j’ai une alimentation principalement axée sur les principes du Dr Seignalet, à savoir sans gluten, sans produits laitiers, sans sucres raffinés ( mais je n’en fais pas un dogme, je m’accorde des exceptions si je n’ai pas le choix ou même si simplement j’en ai envie), je suis venu à ce régime il y a plus de 7 ans pour des raisons de santé et il m’a apporté beaucoup de choses ( j’en discute volontiers avec ceux qui s’y intéressent ). D’autres principes alimentaires font également parti de mes convictions, principalement le fait de consommer local, de saison et bio ( et dans ma région ça veux dire qu’il faut aimer le choux et les poireaux ). Je porte avec moi un assez lourd bilan carbone car j’ai beaucoup voyagé, mais ces voyages m’ont permit en contre partie d’apprendre énormément de choses sur l’humain, la nature, les interactions entre les deux, mais surtout pour réaliser qu’il n’existe pas de valeurs “universelles” ... partout les gens ont des convictions qu’ils sont parfois prêt à défendre avec armes et sang ! J’ai aussi vu qu’il y a un réel angélisme de la part des gens qui vivent leur conviction depuis le fond de leur canapé ikéa ... car à travers le monde j’ai été témoin de la violence , partout sous un nombre inimaginable de formes ! Les seuls moments où j’ai eu la sensation de m’en extraire on été ceux où j’ai été seul face à la nature, loin du fait des Hommes ! J’ai vu plus d’amour et de respect chez une productrice de bœuf bio en France qu’envers des vaches “sacrées” au Népal. J’ai recommencé à manger de la viande en voyage, lorsque j’ai été reçu par des gens qui n’avaient rien d’autre à me proposer et qu’il aurait été plus que déplacé de dénigrer ce geste pour mon petit confort intellectuel. Et puis j’ai appris à reconnaitre qu’il y a de réelles différences entre les modes de production et que cela impact directement nos valeurs et notre environnement, j’y suis de plus en plus attentif et rencontre des gens merveilleux depuis. Comme je l’ai dit à de nombreuses reprises, je trouve merveilleux que de plus en plus de gens s’intéressent aux modes alimentaires “alternatifs” ( qu’ils soient végan, végétariens, sans gluten, bio ... ) car ça montre que les gens ne prennent plus tout pour argent comptant. Mais je prône également la coexistence et l’évolution douce. C’est souvent en ça que mes avis divergent avec les militants ( végan ou autre) sur les manières d’agir : Les études en neuroscience montrent que face à une démonstration de la violence (vidéo d’un abattoir par exemple), le cerveau d’une personne non préparée, vivra ça comme une agression ... mais au lieu d’obtenir un électrochoc contre le système, le trauma sera dirigé contre la personne qui lui aura fait vivre ce trauma... avec un effet inverse à celui désiré... mais je m’égare à parler de ça.
Bref, je tente juste de faire avec les outils à ma disposition pour rester le plus cohérent possible entre mes choix, mes croyances, mes moyens et mes aspirations. Jonglant moi-même avec certains paradoxes.
EDIT 2 :
Je n’ai hélas rien inventé pour créer ce personnage fictif ! juste pris quelques éléments sur différents posts de mes contacts ... j’ai même été assez soft pour qu’on ne pense pas que j’exagère le trait ! Et pour celles et ceux qui me font la critique d’avoir choisi une femme plutôt qu’un homme c’est pour la même raison ( qui n’est pas lié à une réalité statistique et objective ) : je n’ai pas eu autant d’occasion de voir ce type de posts et de profils dans mon fil d’actualité.