goddess-open-heart

La pratique de Tonglen, 8 secrets pour ouvrir son cœur

S’ouvrir à l’autre relève souvent des bonnes intentions : nous avons tous des a priori, des réticences qui nous bloquent au dernier moment. Pourtant, si l’on veut véritablement se transformer en profondeur, il faut surmonter ces obstacles. Le tonglen, pratique de méditation bouddhiste, apprend à absorber ce qui est négatif pour le restituer sous forme positive, permet de dépasser nos peurs et de développer notre capacité d’acceptation des événements extérieurs. Dans cet ouvrage, Pema Chödrön détaille de façon très concrète et accessible cette discipline. Une méthode qui pourra intéresser non seulement les bouddhistes mais aussi tous ceux, croyants ou non, qui recherchent une aide dans leur pratique de la méditation.

Tous les êtres doués de sensibilité, sans exception, portent en eux la bodhicitta, qui est la tendresse inhérente au cœur, la tendance toute naturelle à aimer et à se soucier d’autrui.
Avec le temps, pour se protéger de la douleur et d’un certain malaise, on dresse de solides barrières capables de masquer sa tendresse et sa vulnérabilité. C’est pourquoi on se sent souvent aliéné, en colère, agressif ; on fait l’expérience d’une perte de sens dans la vie, tant sur le plan individuel que planétaire. On ne sait trop comment, à force de rechercher le bonheur, on a, par mégarde, créé davantage de souffrance pour soi-même.

Le tonglen, ou pratique du donner et recevoir, renverse la tendance à se durcir et à se refermer car il cultive l’amour et la compassion. Lorsqu’on pratique le tonglen, au lieu de s’éloigner à toute vitesse de la douleur et du malaise, on en prend acte et on les reconnaît pleinement. Au lieu de ressasser ses problèmes personnels, on se met à la place de ses semblables et on apprécie la condition humaine qui est la nôtre. C’est alors que les barrières se mettent à s’écrouler, et que le cœur, l’esprit commencent à s’ouvrir. Avant de passer à la pratique formelle du tonglen, j’aimerais parler de quelques moyens susceptibles de vous aider à faire entrer la perspective que propose le tonglen dans votre vie quotidienne. Après tout, l’essentiel c’est vraiment la manière dont on mène sa vie – avec la maitri et la compassion à l’égard de soi-même et d’autrui. En plus, si on s’exerce tous les jours à mettre en application cette perspective, la pratique formelle semblera beaucoup plus naturelle. Trungpa Rinpoché avait l’habitude de dire à ses élèves de vivre leurs vies comme autant d’expériences. Autrement dit, soyez curieux, ouverts, sans attentes, puis voyez ce qui arrive et tirez des leçons de votre expérience. C’est pour cette raison que je suggère souvent aux étudiants de se donner un peu de temps – disons de trois à douze mois – pour voir tout simplement en quoi cette pratique influe sur leur vie. Mais il est inutile de s’imaginer qu’on arrivera à la perfectionner en si peu de temps. En réalité, c’est une pratique à approfondir jusqu’à la fin de ses jours.

1)LA MÉDITATION ASSISE

méditation dans la grotte du coeurLa pratique de la méditation, ou shamatha-vipashyana, est un bon moyen de commencer à s’exercer à l’attitude qu’exige le tonglen. C’est une façon de vérifier son état d’esprit, comme si on tenait un miroir devant soi. La méditation cultive à la fois la bodhichitta ultime et la bodhichitta relative.

La pratique de la bodhichitta ultime enseigne à ne pas s’agripper aux pensées et aux émotions comme s’il s’agissait d’entités solides, et la pratique de la bodhichitta relative permet d’apprendre la maitri et la compassion. En général, il n’est pas indiqué de se mettre à la pratique du tonglen avant d’être bien ancré dans celle de la méditation assise.

Il faut surtout cultiver la ténacité, le courage et la patience de s’asseoir, d’être présent à tout ce qui surgit au cours de la méditation. Sinon, les émotions que provoque le tonglen pourraient bien vous faire tomber de votre coussin. C’est pour cette raison qu’on recommande toujours de commencer et de terminer une séance de tonglen par la pratique de la méditation. Même quand on n’est pas assis sur un coussin ou dans une salle de méditation, on peut pratiquer l’attention et la conscience en éveil. Cette pratique peut servir d’outil pour entrer en rapport avec ce qu’on ressent à l’instant même. Par exemple, quand je suis seule ou quand je me retrouve dans le calme – pendant une promenade dans les bois, au moment de regarder par la fenêtre de ma cabane, ou lorsque je suis assise sur un banc au bord de l’océan –, je laisse tomber mes pensées et j’essaye de voir ce qui se cache derrière.

En réalité, c’est ça l’essence même de la pratique de la méditation : toujours revenir à l’immédiateté de l’expérience présente et abandonner les pensées et les jugements que l’on porte sur elle. Il se peut qu’on découvre que quelque chose reste une fois qu’on a laissé tomber les pensées et les scénarios. On reste avec l’immédiateté des perceptions sensorielles : la vue, l’odorat, le toucher, et le reste, et avec une sensation ou une humeur. Il se peut, par exemple, que le sentiment qui se cache sous nos pensées soit la haine de soi. Par conséquent, quand nos pensées entrent en ébullition, ça a l’air de ça : « C’est mal, c’est mal, c’est bien, c’est bien, je devrais, je ne devrais pas. » Quand on s’aperçoit de la présence de ce type de pensées, il suffit de les laisser s’en aller et de revenir à l’immédiateté de son expérience. C’est ça la pratique de la maitri, ou entrer en amitié avec soi-même.

2)LES ASPIRATIONS

Je suis une fana des aspirations. Je pense qu’elles sont fort utiles sur la voie, parce qu’elles aident à rester en relation avec la motivation de cultiver la bodhichitta. Le slogan du lojong qui dit « deux activités : une au début, une autre à la fin » propose que le pratiquant commence et finisse chaque journée en réaffirmant sa motivation de faire tomber les barrières, d’ouvrir son cœur et d’aller vers ses semblables. Lorsqu’on s’éveille le matin ou lorsqu’on se couche le soir, on peut faire une aspiration, en ses propres mots, ou répéter une aspiration traditionnelle, comme les Quatre incommensurables ou le vœu du bodhisattva.  Il arrive que la pratique formelle du tonglen semble trop ardue. Si c’est le cas, on peut simplement formuler cette aspiration : « Que je sois capable, un jour, d’ouvrir mon cœur un peu plus que je peux le faire aujourd’hui. » Cette approche est dénuée de blâme et d’auto-récrimination. Elle exprime simplement le souhait sincère de grandir.

3)PRATIQUE DE L’ÉGALITÉ

La pratique de l’égalité est un moyen de se lier aux autres et de se rendre compte que nous sommes tous logés à la même enseigne. Ce n’est un secret pour personne : tous les êtres humains, comme nous d’ailleurs, veulent connaître le bonheur et éviter la souffrance.
Tout comme nous, tous veulent avoir des amis, être acceptés, aimés, respectés, ils veulent sentir qu’on accorde un prix à leurs qualités exceptionnelles, être en bonne santé et en harmonie avec eux.
Tout comme nous, personne ne veut se sentir seul, sans ami, ou traité avec condescendance, ni être malade, inadapté ou déprimé. La pratique de l’égalité vise tout bonnement à se rappeler ce fait chaque fois qu’on rencontre quelqu’un.

On se dit : « Tout comme moi, elle veut être heureuse ; elle ne veut pas souffrir. » On peut la faire pendant une journée entière, pendant une heure ou seulement quinze minutes. J’aime beaucoup cette pratique, parce qu’elle ouvre la barrière de l’indifférence face à la joie de quelqu’un d’autre, à sa douleur intime, à ce qu’il a de magnifiquement singulier.
Dans son livre Vivre en héros pour l’éveil, le grand maître et poète indien Shantideva insiste sur l’importance de méditer ainsi sur l’égalité de soi et d’autrui : Efforce-toi d’abord de méditer sur ce qui est commun à toi et à autrui.
Dans la joie et le chagrin tous sont égaux Ainsi protège tous les êtres, comme tu le ferais pour toi.
Jeffrey Hopkins, traducteur et interprète vers l’anglais du dalaï lama pendant dix ans, m’a raconté cette histoire au sujet de ses voyages en Occident en compagnie du maître. Partout, Sa Sainteté répétait en anglais « everyone wants happiness, doesn’t want suffering » (tout être recherche le bonheur, personne ne veut souffrir). Qu’il soit dans un aéroport, un amphithéâtre, ou qu’il prenne part à une conférence de presse, il répétait : « Everyone wants happiness, doesn’t want suffering. » Au départ, Jeffrey se demandait « mais pourquoi est-ce qu’il n’arrête pas de dire ça ? », parce que ça lui semblait tellement simpliste, banal. Mais après un moment, le message a commencé à faire son chemin en lui, et il s’est dit « oui, j’ai besoin de ça ! ». C’est simple, mais c’est aussi profondément vrai, et c’était exactement le type d’enseignement qu’il avait besoin d’entendre. Au début, il se pourrait que cette pratique semble superficielle, une sorte de lieu commun. Mais croyez-moi, le tonglen ouvre vraiment les yeux. Il rend plus humble parce qu’il projette une lumière sur l’habitude qu’on a de penser être le centre du monde. Quand on reconnaît qu’on partage sa condition humaine avec quelqu’un d’autre, on crée avec lui un lien intime surprenant. L’autre fait dès lors partie de la famille, ce qui aide à atténuer l’isolement, la solitude qu’on vit.

4)ÉCHANGER SON CŒUR

compassionLa pratique qui consiste à échanger son cœur est double : on échange le bonheur et on accepte la douleur. D’abord, on souhaite partager avec autrui tout ce qui est une grande joie dans la vie. Quant à la deuxième partie, lorsqu’on éprouve un quelconque sentiment de souffrance, on se rappelle qu’une foule d’autres êtres souffrent aussi et on souhaite qu’ils soient délivrés de leur mal.
C’est l’essence même de la perspective propre au tonglen : quand les choses sont agréables, penser à autrui ; quand les choses sont pénibles, penser à autrui.
Si cette pratique est la seule que vous retenez après la lecture de ce livre, elle vous fera du bien et fera du bien à tous les êtres qui entrent en contact avec vous. Échanger son bonheur quand on fait l’expérience d’un certain bien-être ou d’un plaisir – apprécier une belle journée de printemps, un bon repas, un animal tout mignon qui vient de naître ou une bonne douche chaude –, il faut le constater et chérir ces instants. Ces petits plaisirs tout simples peuvent procurer beaucoup de joie, de tendresse et un certain soulagement.
La vie est remplie de moments fugaces et merveilleux comme ceux-là, mais, le plus souvent, on fonce à toute vitesse sans les voir. La première partie de la pratique consiste donc à s’arrêter, à les remarquer et à les apprécier pleinement. On fait ensuite le vœu que d’autres personnes puissent en faire autant. Il est probable que plus on s’adonnera à cette pratique, plus on se surprendra souvent à prendre note de ces moments de bonheur et de satisfaction.

Quand on s’exerce à donner de cette manière, on ne passe pas outre son propre plaisir, ni sa joie. Lorsqu’on déguste un bol de fraises succulentes, on ne se dit pas : « Ah, je ne devrais vraiment pas aimer ces fraises à ce point, il y a tant de déshérités qui n’ont même pas un morceau de pain à se mettre sous la dent », mais au contraire : « Chouette ! Ces fraises sont extraordinaires. Je n’ai jamais rien mangé d’aussi bon. » On peut les savourer à fond. Ensuite, on se dit : « J’aimerais que tout le monde puisse goûter à ces fraises, je souhaite que tous les êtres puissent le faire. »
Il est bon aussi de penser à une possession personnelle qui procure beaucoup de oie. Il peut s’agir de son chandail préféré, d’une cravate, puis on peut s’imaginer qu’on donne cet objet à quelqu’un qu’on rencontre. Il n’est pas question de donner effectivement ses affaires, car on travaille ici avec l’imagination. On entre en rapport avec l’habitude de s’agripper, de se refermer, de refuser de partager avec les autres. À force de s’exercer ainsi, on acquiert une confiance dans ses propres richesses inhérentes, dans le fait qu’il y a toujours beaucoup à donner à son prochain.

Treya Wilbur décrit ce type de pratique du don dans son livre intitulé Grace and Grit, qui porte sur sa lutte contre un cancer incurable. Elle pratiquait déjà le tonglen depuis longtemps. Un jour, elle perd un collier en or, composé de minuscules étoiles, dont ses parents lui avaient fait cadeau, et qui était pour elle comme un bracelet à breloques porte-bonheur, parce qu’elle l’avait porté pendant les heures les plus difficiles de la chimiothérapie et des interventions chirurgicales. Un jour, après l’avoir cherché partout, sans succès, l’impression que cette perte est de mauvais augure lui fait perdre courage. Mais forte de son expérience du tonglen, il lui vient soudainement à l’esprit de visualiser des millions de ces étoiles et de les donner pour faire du bien à tous ceux et celles qu’elle avait rencontrés. Pendant qu’elle pratiquait ainsi, elle raconte qu’elle prenait vivement conscience de ses désirs, de son attachement et de ses tendances à s’accrocher, comme autant d’habitudes bien ancrées, et elle s’est mise à abandonner tout ce à quoi elle sentait qu’elle s’attachait momentanément. Cela ne l’a pas toujours aidée à aller au-delà de son inclination à s’accrocher, mais grâce à ce travail elle a appris à éprouver de la compassion pour tous ceux qui comme elles avaient de bonnes intentions, sans pouvoir vivre en accord avec elles. Grâce à cette pratique, que sa propre intuition l’a amenée à découvrir, elle est parvenue à se faire à l’idée de la perte de son collier et, surtout, elle a appris la joie de renoncer à ses attachements et de donner à ses semblables

5)Accepter la douleur

le sacré coeurLa deuxième partie de la pratique est un peu plus exigeante. Ne vous y mettez donc pas si l’idée vous semble difficile à saisir. D’abord, on doit remarquer les moments où on vit quelque chose qui rend mal à l’aise, quelque chose de pénible ou désagréable. On souhaite ensuite que ses semblables en soient complètement libérés et on imagine qu’on leur envoie tout ce qui selon nous pourrait les soulager. Par exemple, si on commence à sombrer dans la déprime, on se dit : « Puisque je n’ai pas le moral de toute façon, je veux l’accepter totalement pour que d’autres ne connaissent pas la dépression. » Ou encore, « puisque j’ai mal aux dents, je veux l’accepter tout à fait de sorte que mes semblables ne connaissent pas ce mal ». Puis, il faut leur envoyer du soulagement. Il s’agit de le faire tout bonnement, sans trop se préoccuper de la logique dans tout ça.

Pour bien des gens, ce type d’échange paraît exagéré, c’est aller trop loin, trop tôt. J’ai décidé d’en parler de toute façon, parce qu’il m’a personnellement beaucoup stimulée. Ainsi, le dégoût, la paranoïa, qu’on éprouve généralement lorsqu’on vit quelque chose de désagréable, le sentiment d’être une cible, tout cela fait volte-face et sert de combustible pour éveiller le cœur.
Le « tonglen dans les embouteillages » est un exemple particulier de cette pratique. Il s’agit de travailler avec tous les sentiments désagréables avec lesquels on doit composer au milieu d’un bouchon, ou encore lorsqu’on fait la queue longtemps au supermarché : la colère, le ressentiment, l’agitation, l’irritabilité, la peur de rater un rendez-vous. D’abord on regarde autour de soi et on voit que tous les autres automobilistes ressentent la même chose. Ensuite, on inspire pleinement tout ce qu’on ressent et on expire de la détente, du soulagement, tant pour soi que pour tous ceux qui sont coincés dans le bouchon. On se rend compte que les êtres humains sont tous dans la même galère. Tout un chacun dresse des barrières et utilise la gêne que crée l’embouteillage pour se sentir encore plus isolé. Il s’agit donc de renverser la situation ; elle se transforme alors en lien avec tous ceux qui sont prisonniers de leurs véhicules. En l’espace d’un instant, lorsqu’on les regarde par la vitre, ils sont tous devenus des êtres humains.

6)LE TONGLEN SUR-LE-CHAMP

C’est vraiment l’essence de la démarche du tonglen. Comme elle m’a été très utile, j’aime bien la recommander à tous mes étudiants. Même si vous choisissez de ne pas faire la pratique formelle, rien ne vous empêche de vous exercer au tonglen surle-champ.
Une fois qu’on en a pris l’habitude, et qu’on le fait régulièrement, la pratique formelle du tonglen semble plus réelle et prend davantage de sens. On peut faire le tonglen sur-le-champ dans les situations concrètes où on se retrouve tous les jours. Dès qu’on vit quelque chose qui éveille la compassion ou qui est difficile ou pénible, on peut s’arrêter pendant un instant, inspirer toute la souffrance qu’on voit, et expirer un sentiment de soulagement. Le processus est simple et direct. À la différence de la pratique formelle, pas besoin de visualiser ni de suivre diverses étapes. C’est un échange naturel et simple : on voit de la souffrance, on l’accueille avec l’inspiration et, en expirant, on envoie du soulagement.
On pourrait, par exemple, voir une mère battre sa gamine au supermarché. C’est dur à regarder, mais on ne peut vraiment rien faire ni dire au moment où ça se déroule. La première réaction, la peur, pourrait pousser à se détourner et oublier tout ça. Mais ici, au lieu de regarder ailleurs, on pourrait vraiment commencer à faire le tonglen pour la petite fille en larmes et pour la mère aussi, qui est en colère et à bout de nerfs. On peut dégager un sentiment général de détente, d’ouverture, ou quelque chose de plus précis, une étreinte ou un mot gentil, tout ce qui semble convenir dans les circonstances. Il n’y a rien là de bien conceptuel, c’est presque spontané. Lorsqu’on vit quelque chose de pénible de ce genre et qu’on reste avec cette situation, elle peut ouvrir notre cœur et devenir source de compassion. Quand de fortes émotions affleurent sans qu’on sache quoi en faire, on peut pratiquer le tonglen sur-le-champ. Par exemple, il se peut qu’on ait une violente dispute avec son conjoint ou son patron au travail. On vous gueule après et vous ne savez comment réagir. C’est le moment d’inspirer les sentiments douloureux et de redonner de l’espace, de la détente, avec le souffle – pour vous-même, pour la personne qui hurle, et pour tous ceux qui vivent la même situation difficile.
Il arrive un moment, bien sûr, où il faut répondre à la personne qui vous invective, mais lorsqu’on laisse entrer un peu d’espace et de chaleur au milieu de la situation, il sera probablement plus facile d’agir avec adresse. On peut aussi recourir à cette pratique quand l’ouverture et la compassion ne coulent pas de source. Par exemple, on aperçoit un SDF dans la rue qui demande des sous et semble être un alcoolique. Même si on aimerait bien être compatissant, on ne peut s’empêcher de rebrousser chemin le cœur plein de dégoût, de ressentiment. C’est le bon moment de faire le tonglen pour soi-même et pour tous ceux qui aimeraient se montrer ouverts, mais qui n’y parviennent pas. On inspire le sentiment de fermeture à autrui, le sien et celui de son prochain. Puis on expire de l’espace, de la détente, du lâcher-prise. Se sentir bloqué ne fait pas obstacle au tonglen : ça fait partie de la pratique. On travaille sur ce qui est ressenti comme un blocage, et qui devient le germe d’éveil du cœur, pour se rattacher à son prochain.

7)LE TONGLEN DANS LA RUE

Il s’agit de marcher dans la rue, sur un pâté de maisons ou deux, fort de l’intention de rester aussi ouvert que possible à quiconque croise son chemin. On apprend ainsi à être plus honnête avec ses émotions et on se met davantage à la disposition des autres sur le plan affectif. Au cours de la promenade, on peut se détendre et sentir que son cœur et sa poitrine sont ouverts.

À mesure qu’on rencontre des passants, on peut même sentir un lien subtil entre leurs cœurs et le nôtre, comme s’ils étaient rattachés par un fil invisible. On pourrait se dire à soi-même « je vous souhaite du bonheur », au moment de passer à leur hauteur. L’essentiel est d’éprouver un sentiment d’interdépendance avec tous ceux et celles qu’on croise. Si cet exercice vous semble embarrassant, parce qu’il vous expose un peu trop, contentez-vous de prendre acte et de vous rendre compte que bien d’autres personnes ressentent probablement la même chose. Vous pouvez observer la manière dont les gens vous jettent un coup d’œil furtif -automatisme pour aller vers l’autre – , le plus souvent, assez loin pour que ça ne se voie pas. Peut-être ont-ils envie de rencontrer quelqu’un d’amical qui leur dit bonjour, quelqu’un avec qui ils pourraient créer des liens authentiques.
Vous voyez où je veux en venir ? Pour chaque personne qu’on croise, il est bon de prendre acte de ses propres pensées, de ses réactions affectives à son égard. Il est bon d’observer si on éprouve de l’attachement, de l’aversion ou de l’indifférence envers chaque passant. Mais ce n’est pas le moment de porter des jugements sur soi par-dessus le marché. Il se peut que la mine souriante de quelqu’un redonne le moral illico et invite à s’ouvrir encore plus.
Voir une personne déprimée pourrait aussi faire affleurer la tendresse, la compassion. On doit prendre bonne note des moments où on se met à se refermer ou à s’ouvrir. Quand on se rend compte qu’on se replie sur soi, ce n’est pas une raison pour s’en vouloir. On peut, au contraire, sympathiser avec tous les êtres humains qui se referment de la même manière et aspirent à s’ouvrir davantage. Et quand on éprouve du plaisir ou beaucoup de joie au cours de la promenade, on pourrait souhaiter la partager avec les gens que l’on rencontre.

8)SE METTRE À LA PLACE DES AUTRES

 

tchenrezi-1000b

Tchenrézi, le bouddha tibétain de la compassion. Il possède mille bras pour aider et secourir les êtres qui souffrent.

L’ouvrage de Shantideva, Vivre en héros pour l’éveil, propose une pratique qui consiste à se mettre à la place d’autrui. C’est surtout une contemplation et, à la différence du tonglen, cette pratique n’est pas synchronisée au souffle. Elle peut également aider à s’ouvrir et à éprouver de la sympathie pour les personnes qui vous sont indifférentes, de même que pour celles qui vous donnent vraiment du fil à retordre. D’abord, on doit imaginer aussi vivement que possible la personne qui fait l’objet de la contemplation. Il est bon de se montrer très curieux et de passer un peu de temps à se mettre à sa place, à voir le monde comme elle le voit. Que ressent-elle ? De quoi a-t-elle peur ? Le simple fait de s’intéresser à ce point à quelqu’un peut beaucoup contribuer à faire aimer un être et à s’en soucier. Pour aller plus loin, il est possible d’inverser les rôles : devenir cette personne, qui devient nous-même. Nous nous mettons à sa place, et nous nous voyons alors comme elle nous voit. Comment nous voit-elle ? Comme un être neutre, un ami éventuel, un ennemi, une personne arrogante ou chaleureuse ? De quoi a-t-elle besoin ? d’une étreinte, d’un mot d’encouragement, d’une oreille ouverte et attentive, d’excuses, de pardon, qu’on lui montre qu’on est sensible à son intelligence, à ses talents ?

Lorsqu’on se met à la place de l’autre, on découvre que ce qu’il désire ressemble passablement à ce que l’on désire soi-même. Sur ce plan, il y a égalité. On pourrait peut-être aussi se rendre compte qu’on n’a encore jamais vu ni entendu vraiment cette personne, qu’on ne sait pas l’apprécier ni la traiter de manière juste. Maintenant qu’on y voit plus clair, il n’est pas impossible qu’on s’ouvre un peu plus la prochaine fois qu’on la rencontrera.

Pema Chödrön



'La pratique de Tonglen, 8 secrets pour ouvrir son cœur' Il y a 1 commentaire

  1. 17 décembre 2016 @ 19 h 24 min 30 ans, 30 leçons de vie

    […] croître. Donner et recevoir; il y a d’ailleurs une très belle méditation bouddhiste le Tonglen (qui signifie littéralement « Donner- Recevoir ») Elle remet bien les […]

    Répondre


Laisser un commentaire

YogaNova, le magazine francophone du Yoga et de la Spiritualité en ligne. Faites comme Shiva, lisez Yoganova !

Web Design MymensinghPremium WordPress ThemesWeb Development

Attention ! Le yoga n’est pas sans risque

25 novembre 201625 novembre 2016
15566474-Levitation-by-Indian-businessman-in-lotus-pose-in-the-office-near-the-wall-with-clock-and-his-shoes--Stock-Photo

Ouvrez vos chakras et ayez conscience de vos limites.

C'est l'une des études les plus conséquentes disponibles à ce jour sur la pratique du yogae t les blessures qui peuvent en résulter. Menée par deux chercheurs en traumatologie et épidémiologie de l'université d'Alabama de Birmingham, il en ressort que le yoga n'est évidemment pas le sport le plus traumatogène du répertoire, mais qu'il n'est pas pour autant dénué de risques. Et que les yogistes ayant dépassé les 65 ans doivent redoubler de prudence, car ce sont eux les plus vulnérables aux entorses, élongations et autres fractures. Le travail de Thomas A. Swain et Gerald McGwin, rassemblant quatorze ans de données récoltées aux États-Unis, montre aussi que le yoga a gagné en popularité sur la période, et que la fréquence des blessures s'en ressent. En moyenne, elle était de 10 pour 100.000 participants en 2001 et grimpe à 17 pour 100.000 en 2014. Après 65 ans, cette incidence –58 pour 100.000– est bien plus élevée, avec trois fois plus de fractures que pour les autres classes d'âge. Pour les individus âgés de 45 à 64 ans, elle est de 18 pour 100.000 et de 12 pour 100.000 pour ceux de 18 à 44 ans.
«Les blessures liées au yoga sont relativement rares, explique Swain, et comme on aurait s'en douter, l'incidence a tendance à monter avec l'âge du participant. Nous avons aussi observé que le taux de blessures augmente sur la période, ce qui pourrait traduire une plus grande popularité du yoga, avec davantage de personnes inexpérimentées qui ne prennent pas les précautions d'usage pour éviter les problèmes.»
Swain recommande de «consulter son médecin avant de débuter le yoga, d'être prudent et de connaître ses limites personnelles». Des limites que bon nombre de pratiquants débutants sont à même d'ignorer car «le yoga est bien plus difficile et exigeant qu'on le pense», précise McGwin. Au total, ce sont 29.590 blessures que les chercheurs ont répertoriées. Près de la moitié (45%) sont des entorses et le haut du corps est visiblement la zone la plus fragile.

Du yoga au travail….

21 septembre 201621 septembre 2016
yoga au bureauVous pouvez aller travailler ! » La séance d'une heure est terminée. Paula Taylor, professeur de yoga du réseau de coachs sportifs Fizix, libère ses douze élèves. Du chef sommelier à la femme de ménage, les 550 salariés du Bristol peuvent participer gratuitement à ce cours. Organisé dans une petite salle climatisée réservée aux employés, il coûte entre 80 € et 120 € au Comité d'Entreprise du palace. « Le point fort, c'est qu'il y a une homogénéité des groupes et ça crée une dynamique », se félicite son secrétaire adjoint Damien Largeau.   Collé serré   « On peut rencontrer des collègues d'autres services », renchérit Lucie Demai, hôtesse d'accueil. Allongé à sa gauche sur un tapis, Tony Le Douigou, dont elle n'a jamais été aussi proche, en est à son deuxième cours. « C'est plus apaisant que d'aller courir, observe le demi-chef de rang. Idéal pour se détendre avant de commencer le travail, de 16 heures à minuit ».   Debout depuis 7 heures du matin, le directeur d'achats Thomas Trucheret est en nage à la fin du cours, mais il savoure cette coupure en milieu d'après-midi : « J'aborde sereinement la deuxième partie de journée, sur le plan profesionnel et à la maison avec mes trois enfants ». Et de conclure, sourire en coin : « Le stress retombe. C'est parfait  : avec notre clientèle exigeante, il faut être très réactifs. » Voir l'article

Musculation et yoga, nouvelle mode made in US

23 août 201623 août 2016
reverse-ab-crunch

De nombreux hommes adeptes de musculation délaissent les poids et haltères pour des matelas de yoga, prenant le pas de l'intérêt grandissant pour une variante plus virile du yoga traditionnel, le «broga».

Le yoga, activité vieille de plusieurs millénaires, était autrefois pratiqué exclusivement par des hommes. L'activité physique «mâle» de l'ère moderne est aujourd'hui tout autre. «Le yoga se résume à bien plus qu'à des femmes qui se contorsionnent tels des bretzels végans», a lancé l'entrepreneur qui a fondé les cours de Jock Yoga, Michael DeCorte. Le centre d'entraînement Equinox de Toronto offre ces séances d'entraînement qui unissent les salutations au soleil à la musculation. De plus en plus de professeurs de yoga tentent d'attirer davantage d'hommes dans leurs classes en proposant des exercices qui misent sur la force plutôt que la flexibilité. Les adeptes de yoga sont constitués à 70% par des femmes, selon une étude de l'institut Ipsos publiée en 2016. M. DeCorte estime malgré tout que 50 à 85% des sportifs qui assistent à ses ateliers de Jock Yoga sont des hommes. D'autres centres de type «broga» essaiment un peu partout au pays. Jo-ga, à Halifax, Yoguy, à Vancouver, et le studio montréalais Mudraforce - où l'activité se pratique en toute nudité- ont notamment vu le jour. Une compagnie basée au Massachusetts, Broga yoga, détient un brevet sur l'emploi du mot-valise. L'entreprise se vante d'avoir plus de 12 000 clients et 500 professeurs à travers le monde, notamment par ses cours offerts par le biais de vidéo en ligne. Selon l'instigateur du «broga», Robert Sidoti, nombre d'hommes sont attirés par les bienfaits du yoga, mais craignent d'avoir un air efféminé en prenant la position du lotus.
En lire plus ...

Le dalai lama juge qu’il y a trop de réfugiés en Europe

31 mai 201631 mai 2016
Dalai lama trouve qu'il y a trop de réfugiés en EuropeLe dalaï-lama a estimé qu'il y avait à présent "trop" de réfugiés en Europe après la vague d'arrivée l'an dernier et que ces migrants cherchant protection ne devaient rester que provisoirement sur place, dans une interview publiée aujourd'hui en Allemagne. "Quand nous regardons le visage de chaque réfugié, surtout ceux des enfants et des femmes, nous ressentons leur souffrance et un être humain qui a de meilleures conditions de vie a la responsabilité de les aider. Mais d'un autre côté, il y en a trop à présent" en Europe, a déclaré le chef spirituel des Tibétains au quotidien Frankfurter Allgemeine Zeitung. "L'Europe, l'Allemagne en particulier, ne peut devenir un pays arabe, l'Allemagne est l'Allemagne", a-t-il ajouté, en référence au fait qu'une majorité des migrants vient de pays arabes comme la Syrie ou l'Irak. "Il y en a tant que cela devient difficile sur le plan pratique. Et sur le plan moral, je trouve aussi que ces réfugiés ne devraient être accueillis que provisoirement. L'objectif devrait être qu'ils retournent (dans leur pays) et aident à reconstruire leur pays", a estimé le dalaï-lama, qui vit lui-même en exil en Inde depuis plus de 50 ans. L'Allemagne a accueilli l'an dernier un nombre record d'un million de réfugiés. Source Le Figaro

Tendance: le yoga en moumoute et chaussures de ski…

6 avril 20166 avril 2016
ski_yoga_poseLe murmure du torrent et le chant des oiseaux dans les bouleaux apaisent déjà. Dans le décor vivant du Plan de l’Eau, aux Menuires, se déroule la randonnée «yoga et raquettes», encadrée par Brigitte Ruff, accompagnatrice en montagne, et Anita Thevenot, masseuse ayurvédique. Après une première marche dans la poudreuse, telle une page blanche, une première pause est consacrée à des exercices d’étirement. Le groupe, limité à douze personnes maximum, forme un petit cercle. Raquettes aux pieds, on tend et on étire ses bras vers le ciel. Profonde inspiration, puis on relâche totalement son buste et ses membres supérieurs jusqu’à frôler la neige. Pendant une quinzaine de minutes, Anita aide chacun à prendre conscience de son corps. «La montagne, avec son paysage somptueux et son air pur, offre un cadre idéal pour pratiquer le yoga pranayama, qui met l’accent sur la respiration», précise-t-elle. On repart ensuite plus détendu, attentif aux empreintes d’animaux et au silence, seulement rompu par le bruit feutré des raquettes. Plus loin, c’est la posture de la salutation au soleil. Un long et ressourçant déroulement du corps, pratiqué plusieurs fois, après avoir déchaussé et s’être installé sur un petit tapis de yoga, prêté par Anita. Les deux autres pauses zen sont consacrées à des exercices respiratoires et à de la méditation, assis en tailleur. Lancées l’an dernier au départ de la station de Val Thorens, ces randonnées bien-être hebdomadaires, de trois heures, affichent complet. Les clients? Souvent des femmes, n’ayant jamais pratiqué le yoga ou même les raquettes, mais curieuses de découvrir cette balade hybride. Morzine mise aussi sur l’engouement autour du yoga. Probablement inspirée par la station suisse d’Engadin St. Moritz qui lançait en 2014 la première piste de yoga du monde, Morzine propose cet hiver la piste des yogis, un itinéraire bleu de 2400 mètres jalonné de dix emplacements pour pratiquer des postures relaxantes, sans forcément ôter ses skis. Enfin, sous le nom de marche afghane, évocateur de montagne loitaine, la station de Samoëns invite à une sortie en raquettes accompagnée par un professionnel. Durant cette randonnée, le travail constant sur la respiration facilite la gestion de l’effort en altitude et relaxe. Les activités bien-être en montagne ne se résument plus à des papouilles et des bains bouillonnants dans des centres aqualudiques mais tirent parti, enfin, d’un environnement unique. Voir l'article sur le site de Libération

Le paradoxe Vegan de la femme branchée.

2 novembre 20152 novembre 2015
83241
Assez régulièrement ( et de plus en plus ) je vois des gens arriver à un mode de vie vegan ( ce qui en soit est plutôt bien ) mais ce que je trouve étrange c’est souvent le paradoxe éthique assez flagrant et parfois cliché.
Pour commencer, beaucoup des végan avec qui j’ai les échanges les plus houleux sont souvent des filles, entre 20 et 30 ans, « converties » depuis assez peu de temps.
Autant je crois sincèrement aux bienfondés de ce mode de vie lorsqu’il est choisi et pensé de bout en bout, autant je suis souvent confronté à des situations de fort malaise lors de nombreux échanges.
Cela se manifeste par plusieurs choses récurrentes : le prosélytisme, la suffisance et l’incohérence.
Je vais dresser un portrait caricatural pour essayer de bien faire comprendre ça … ( pour ce faire je ne vais que juxtaposer des éléments issus de posts ayant défilé sur mon fil d’actualité perso )
Faisant la queue pour avoir son café-pumpkin starbuck, elle attend en faisant un petit selfie marrant pour montrer son nouveau bonnet en coton bio.
Elle poste ça en ligne avec son nouvel iphone.
Un peu plus tard elle rentre chez elle, se fait un petit smoothie banane, mangue et lait de coco, le tout dans un super blender trouvé sur amazon.
Un petit tour sur son compte instagram nous fera découvrir sa garde robe pour constater que toutes les fringues sont bio. Comme tout est bio, le label "équitable" est apposé sur son chocolat, son café et ses épices.
Plus tard, un passage sur son compte facebook nous montrera de nombreux partages militant où on voit combien l'industrie agro-alimentaire est trash (les vidéos le montrent très bien assurément … (ne pas aller sur une page d'une végan à l'heure du repas !).
On la verra également se réjouir de la fermeture d'un abattoir, voyant le signe d'un réel progrès pour "la cause".
Elle prend soin d'elle, les statistiques publiées sur ses joggings grâce à l'application embarquée dans ses nike en sont la preuve ! Et après une bonne douche avec un savon Lush elle sent super bon le fruit de la passion.
Et ce soir après cette belle journée elle se fait un petit plaisir : un steak végétal. Tellement bien fait qu'on dirait trop de la viande (mais sans la souffrance animale) ! Un petit bout de "Faux-mage" à base de noix de cajou et un avocat. Et en dessert un petit bout de chocolat équitable.
Elle a le sourire en préparant ses vacances en Thaïlande en achetant sont billet en ligne sur son macbook, avec son chat sphinx qui ronronne sur ses genoux et peux enfin aller se coucher, en paix avec elle-même et ses convictions … aujourd'hui encore, elle n'a été la cause d'aucune souffrance animale.
Et là je vous vois venir avec un "Heuuu mais Samten, il est où le problème, je ne vois pas trop où tu veux en venir … elle a l'air plutôt cool la nana là … non ?"
Oui oui elle est cool ! Et c'est vraiment chouette que par son véganisme elle se sente impliquée dans la cause animale, le progrès et l'évolution de l'humanité à des hautes sphères de conscience et d'empathie !
MAIS … Et hélas c'est là que le bât blesse…
Son café est issu de la souffrance des hommes, d'une production qui détruit l'environnement dans lequel il est produit et contribue au déséquilibre nord-sud où la domination occidentale est vécue de plein fouet par les producteurs-esclaves.
Son téléphone est issu d'une production où les métaux rares sont également issus de productions où les hommes sont traités en esclaves dans des mines aux conditions abominables. En plus l'obsolescence perçue fait qu'elle changera de téléphone alors même que ce dernier sera encore tout à fait fonctionnel.
Elle se réjouit de la fermeture d’un abattoir sans réaliser que le nombre d’animaux abattus restera inchangé ... le seul changement sera que ces pauvres bêtes devront parcourir encore plus de distance dans le transport final ... l’élément souvent le plus traumatisant pour l’animal (mais aussi pour l’éleveur qui respecte ses animaux).
La banane de son smoothie provient d'équateur, issue d'une terra-formation imposée par les États-Unis pour que ces pays ne viennent pas concurrencer la production de maïs OGM. La mangue provient d'Inde et a peut-être véhiculé des parasites qui détruisent nos vergers. L'avocat provient d'Israël et le lait de coco de Thaïlande, finançant les deux des régimes politiques discutables. Les transport “bio” n’existe pas ... les bateaux délestent en pleine mer, les camions brulent du gasoil et dans les deux cas il y a un paquet de dommages collatéraux. Ben oui, combien de dauphins pris dans les pales des bateaux, de biches , d’oiseaux, de hérissons percutées, écrasés pour que nos fruits exotiques arrivent à bon port ?
Son blender vient de chine, assemblé dans une usine où les gens sont traités comme de la marchandise et payés une misère et acheté sur un site qui bafoue le droit du travail à longueur de temps.
Ses habits, comme sa nourriture, ont parcouru des milliers de kilomètres pour être parfois produit avec des produits chimiques (malgré les labels bios affichés) et cousu par des enfants, au même titre que ses nikes.
Sa fausse viande et son faux fromage sont issus de productions industrielle et chimique pas forcément très saine et de loin pas locale
Son chat provient d'un élevage de croisements génétiques et nourrit avec des boites industrielles (et là autre paradoxe : doit-on imposer le véganisme aux animaux … ah ben non ce serait aller à l'encontre de leur nature, dans ce cas là c'est pas pareil)
Son billet d'avion compensera le bilan carbone de son véganisme.
A côté de ça j'essaie d'imaginer une personne qui consommera bio, local, de saison avec, certes de la viande de temps en temps (mais qui vient d'un paysan qui connaît toutes ses bêtes) qui portera ses fringues jusqu'à l'usure, n'aura que le strict nécessaire chez lui, pas de robots ménagers dans tous les sens, pas d'ordi, pas de fruits exotiques … et qui pourtant sera la "cible" des végans en raison de son manque de conscience et de sensibilité… et là je me dit qu'il y a un soucis dans la manière qu'ont les végans de mener leur "combat" …
Je me dois de rajouter un GROS P.S. à ce texte : je ne me considère absolument pas comme étant moi-même éthiquement irréprochable, loin de là ! J'essaie de faire au mieux ma part en restant un maximum cohérent entre mes convictions et mes capacités de consommation. Mais par contre l'issue de mes réflexions, de mes pensées, mes idées, je les PARTAGE. J'espère que parfois ma vision des choses en convainc certain mais je considère toujours que les choix éthique sont personnels et que nous ne pourrons jamais être irréprochables sans devenir extrêmes et sans s'extraire totalement du système, ce qui n'est pas ma volonté, au contraire, j'espère pouvoir être le témoin d'évolutions du système dans "mon" sens quitte à devoir faire des compromis, mais que je choisis.
EDIT : suite à l’engouement et aux nombreux comm qu’a suscité cet article aux différents endroits où il a été partagé et comme ça a dépassé le cercle des gens qui me connaissent, je me dois de me présenter pour permettre de contextualiser éventuellement cet article. Pour commencer je dois moi-même faire face à de nombreux paradoxes de consommation lié à mon choix de travail : étant photographe j’ai en effet beaucoup de matériel technologique ( ordinateurs, tablette, appareils photos ... ) qui ont un cout éthique important. Je n’ai pour le moment pas trouvé de solution pour ce pan là. J’ai passé plusieurs période de ma vie à appliquer un régime végétarien et un mode de vie assez proche des principes végétaliens sous pas mal d’aspects. Je me considère comme étant assez impliqué dans les domaines de la réflexion sur nos modes de vies, nos interactions avec l’environnement. J’ai un très grand intérêt pour la permaculture, les productions équitables ( je ne parle pas des labels qui spolient le terme ). Suite à de nombreuses réflexions j’en suis venu à avoir un mode de vie où les choix alimentaires et de consommation générale sont souvent mis dans la balance du pour et du contre au moment de l’acte d’achat. J’ai également un régime alimentaire qui est aussi très “fashion” car j’ai une alimentation principalement axée sur les principes du Dr Seignalet, à savoir sans gluten, sans produits laitiers, sans sucres raffinés ( mais je n’en fais pas un dogme, je m’accorde des exceptions si je n’ai pas le choix ou même si simplement j’en ai envie), je suis venu à ce régime il y a plus de 7 ans pour des raisons de santé et il m’a apporté beaucoup de choses ( j’en discute volontiers avec ceux qui s’y intéressent ). D’autres principes alimentaires font également parti de mes convictions, principalement le fait de consommer local, de saison et bio ( et dans ma région ça veux dire qu’il faut aimer le choux et les poireaux ). Je porte avec moi un assez lourd bilan carbone car j’ai beaucoup voyagé, mais ces voyages m’ont permit en contre partie d’apprendre énormément de choses sur l’humain, la nature, les interactions entre les deux, mais surtout pour réaliser qu’il n’existe pas de valeurs “universelles” ... partout les gens ont des convictions qu’ils sont parfois prêt à défendre avec armes et sang ! J’ai aussi vu qu’il y a un réel angélisme de la part des gens qui vivent leur conviction depuis le fond de leur canapé ikéa ... car à travers le monde j’ai été témoin de la violence , partout sous un nombre inimaginable de formes ! Les seuls moments où j’ai eu la sensation de m’en extraire on été ceux où j’ai été seul face à la nature, loin du fait des Hommes ! J’ai vu plus d’amour et de respect chez une productrice de bœuf bio en France qu’envers des vaches “sacrées” au Népal. J’ai recommencé à manger de la viande en voyage, lorsque j’ai été reçu par des gens qui n’avaient rien d’autre à me proposer et qu’il aurait été plus que déplacé de dénigrer ce geste pour mon petit confort intellectuel. Et puis j’ai appris à reconnaitre qu’il y a de réelles différences entre les modes de production et que cela impact directement nos valeurs et notre environnement, j’y suis de plus en plus attentif et rencontre des gens merveilleux depuis. Comme je l’ai dit à de nombreuses reprises, je trouve merveilleux que de plus en plus de gens s’intéressent aux modes alimentaires “alternatifs” ( qu’ils soient végan, végétariens, sans gluten, bio ... ) car ça montre que les gens ne prennent plus tout pour argent comptant. Mais je prône également la coexistence et l’évolution douce. C’est souvent en ça que mes avis divergent avec les militants ( végan ou autre) sur les manières d’agir : Les études en neuroscience montrent que face à une démonstration de la violence (vidéo d’un abattoir par exemple), le cerveau d’une personne non préparée, vivra ça comme une agression ... mais au lieu d’obtenir un électrochoc contre le système, le trauma sera dirigé contre la personne qui lui aura fait vivre ce trauma... avec un effet inverse à celui désiré... mais je m’égare à parler de ça.
Bref, je tente juste de faire avec les outils à ma disposition pour rester le plus cohérent possible entre mes choix, mes croyances, mes moyens et mes aspirations. Jonglant moi-même avec certains paradoxes.
EDIT 2 :
Je n’ai hélas rien inventé pour créer ce personnage fictif ! juste pris quelques éléments sur différents posts de mes contacts ... j’ai même été assez soft pour qu’on ne pense pas que j’exagère le trait ! Et pour celles et ceux qui me font la critique d’avoir choisi une femme plutôt qu’un homme c’est pour la même raison ( qui n’est pas lié à une réalité statistique et objective ) : je n’ai pas eu autant d’occasion de voir ce type de posts et de profils dans mon fil d’actualité.