Corps humain et tantra

La vision tantrique du corps humain.

La vision tantrique du corps uni ou identifié au cosmos remonte en partie aux temps védiques. Les conceptions tantriques ne sont à cet égard qu’un des aspects de conceptions généralement indiennes.

Les textes tantriques de base sont en sanskrit ; ils ont été rédigés par des brahmanes imprégnés de la pensée traditionnelle brahmanique qui trouve certaines de ses sources dans le Veda.

La vision cosmique du corps, correspondance entre microcosme humain et macrocosme cosmique, n’existe pas seulement en Inde, mais dans bien des civilisations et même dans des pensées philosophiques occidentales.

Distinction philosophique entre deux perceptions du corps

Il existe deux statuts du corps : le corps physique et le corps dont nous avons conscience, celui que nous vivons et qui n’est pas délimité par la peau.

La langue allemande, à partir de la phénoménologie de Husserl, a exprimé cette distinction par deux termes : Körper, le corps organique visible, et Leib, le corps vécu, celui avec lequel tout être vivant « s’existe », en a l’expérience.

Cette expérience vécue n’est pas seulement celle du corps physique délimité par la peau, mais celle d’un corps vivant, en échange continuel avec le monde, (en contact avec le Umwelt, qui est en même temps un Mitwelt), un monde en interaction avec ce que nous vivons, un monde recevant et donnant, un monde qui nous entoure. Un monde « entourage », disait Erwin Strauss. Cette distinction entre corps organique et corps vécu a été reprise et développée dans les conceptions de l’analyse existentielle. Le corps agit sur notre pensée et réciproquement. Ainsi une émotion ou une douleur physique sont ressenties mentalement. Il est intéressant de noter que le cachemirien Abhinavagupta (X-XIe siècle), un des principaux penseurs dans le domaine tantrique, l’avait déjà souligné, et d’autres textes tantriques également comme le Vijñanabhairava (VIIIe siècle).

Le rapport du corps vécu avec le monde extérieur est évoqué ainsi par la philosophe indienne Rekha Menon, professeur d’histoire de l’Art : « The body is always in excess of itself, always expressive and hence trans-body », un corps qui dépasse ses limites.
Nous existons donc dans le monde avec et par le corps, une existence qui est une ouverture au monde, une visée vers le monde, vécue différemment en Inde et en Occident. L’être humain a une vision différente du corps physique – que nous nous représentons en le vivant, en y vivant – selon les civilisations, et aussi dans une même culture, selon l’expérience vécue de chacun. Mais la totale plénitude de l’expérience existentielle est toujours là.

L’Inde a d’une manière générale deux visions du corps

  • L’une qui le considère comme source de souffrances et d’esclavage. C’est la position du bouddhisme et de la tradition brahmanique « renonçante », selon laquelle il faut rejeter le corps pour faire son salut. Le bouddhisme du « Petit Véhicule » a ainsi une méditation sur le cadavre en décomposition qui montre l’horreur du corps. On trouve aussi dans le domaine tantrique l’utilisation de cadavres, mais dans une perspective rituelle, et non pour dévaloriser le corps.

  • Une autre vision du corps, présente dès l’époque la plus ancienne, souligne l’importance du corps humain et même son utilité pour le salut.

Le tantrisme reconnaît l’importance du monde créé qui est pénétré par l’énergie divine, la shakti. Il accorde de ce fait un rôle très grand, non pas tant, comme on le dit trop, au sexe, mais plus généralement aux passions, à tout ce qui est effervescence, intensité, augmentation de la pulsion vitale.

La vision tantrique du corps plonge ses racines dans le Veda

La vision tantrique du corps  est à bien des égards le prolongement d’une conception ancienne du corps qui sur certains points remonte jusqu’au Veda.

Dans la perspective tantrique, le corps est conçu comme un microcosme qui reproduit la structure de l’univers, ce qui n’est d’ailleurs pas proprement tantrique, puisque dans le monde hindou, qu’il soit ou non tantrique, corps et cosmos ne se séparent pas. L’être humain est pénétré par les forces qui font se mouvoir l’univers. Il se trouve en interaction avec un monde qui, lui-même, est habité par des divinités. Il est donc animé par les forces divines. « Les dieux sont dans le corps comme des vaches dans une étable » disait l’Atharva-veda, indiquant une co-présence dans le corps, de l’homme et de l’univers.

Dans le Veda, l’image du purusha, l’homme primordial, est une figure cosmique d’envergure démesurée. L’homme, dit un passage du Rigveda, a mille têtes, mille yeux, mille pieds, couvrant la terre de part en part, il la dépasse de dix doigts. Cette formule où l’on passe du cosmique à l’humain est une façon de penser typiquement indienne. L’homme cosmique, dit aussi un hymne du Rigveda, n’est autre que cet univers.

nadis

Carte traditionnelle des principaux nadis.

Parmi les éléments qui soulignent le lien entre l’être humain et le cosmos, il y a notamment la vieille conception des souffles vitaux ou des vents, les prâna, forces organiques qui animent l’être humain, mais dont la nature est aussi immatérielle et divine. « Le prâna est l’aspect vital de l’âtman » (Louis Renou), formule qui montre que le prâna n’est pas seulement du souffle vital. Il fait participer l’être humain aux forces animant l’univers.

Le hathayoga, qui est essentiellement tantrique, a développé le rôle du prâna en multipliant les souffles vitaux et en les faisant circuler dans le corps « imaginal » formé de centres et de canaux.
Ce corps imaginal n’est pas le corps « subtil » qui désigne ce qui dans l’être humain transmigre d’une existence dans une autre. C’est une représentation de centres et de canaux imaginés comme présents dans le corps physique, lié à celui-ci et qui donc disparaît avec lui, et ne transmigre pas. Ce corps peut être dit imaginal, parce que créé par la pensée du yogin qui le conçoit comme présent dans son corps organique, mais le dépassant aussi, car certains centres se trouvent en-dehors du corps.

Il est à noter que le yoga considéré comme une hygiène de vie (mens sana in corpore sano) en Occident, et en Inde aujourd’hui, n’est pas celui des Yogasûtra de Patañjali. De plus, si le yoga est considéré comme une manière de vivre, les systèmes philosophiques de l’Inde le sont également, et ne sont pas des constructions abstraites, comme le souligne Pierre Hadot pour la pensée antique, grecque et latine.

Le système des tattva du Sâmkhya, qui décrit les plans du cosmos allant de la divinité à la terre, inclut dans cette structure les éléments constitutifs du corps et du psychisme humains. Dans cette vision l’être humain se trouve inclus dans un ensemble cosmique qui le dépasse. Cela n’empêche pas l’être humain d’être soumis à des nécessités qui lui sont propres, en particulier par l’effet du karma (actes d’un être, qui déterminent son sort), mais le karma de chacun est conditionné par tout ce qui l’entoure, si bien que son caractère individuel est relatif. Wendy Doniger (Université de Chicago) disait ainsi qu’il est difficile, sinon impossible, de distinguer un karma individuel qui serait totalement séparé du karma et de l’évolution de tous les autres individus.

L’image créatrice du corps dans l’univers rituel tantrique

Le système du Krama

le corps tantriqueParmi les traditions shivaïtes du Cachemire, celle du Krama, le système des Kâlîs ou de la roue des énergies divines, shakti chakra, est une des traditions les plus tantriques. On y adore la grande déesse Kâlî sous toutes ses formes, notamment sous celle de douze Kâlis, au rôle à la fois cosmique et humain. Ces divinités féminines, aspects de Kâlî, dont l’activité se déroule en phases (krama) cycliques, ont pour rôle de faire fonctionner le cycle cosmique. Mais elles sont aussi présentes dans le corps, dans les sens, et dans l’esprit humain. Elles sont en effet identifiées à tous les sens et à l’esprit de l’homme dont elles animent l’activité.
Le yogin doit non seulement méditer et adorer ces forces divines, mais il doit les sentir agir en lui. Il doit percevoir le monde et lui-même comme animés par leur mouvement.

La libération vers laquelle il tend est alors dépassement et non pas rejet du monde, puisque le yogin libéré est identifié au dynamisme mis en œuvre par ces Kâlîs, et qui fait apparaître et englobe l’univers. Notons qu’en-dehors du Krama, les systèmes shivaïtes considèrent que les sens humains sont gouvernés par les Karaneshvaras, les Seigneurs des organes des sens, donc des divinités qui donnent à ces organes leur efficacité. Pour toutes les traditions indiennes d’ailleurs, les sens (indriya) humains sont actifs, ils ne sont pas seulement réceptifs. Ils vont vers l’objet, ils le saisissent. Par exemple, le rôle créateur de la vue se reconnaît dans l’importance du darshan, le fait de voir la divinité et d’en être vu. Le mouvement va du dévot vers la déité mais aussi de la déité vers le dévot, dans une interpénétration, d’où son efficacité salvatrice.

Toutes les constructions mentales rituelles du domaine tantrique, et par extension d’une partie du monde hindou ou bouddhique, reposent sur l’image du corps. Ce sont des constructions rituelles méditatives, mais d’une méditation visualisante car les rites tantriques ou tantrisés sont un jeu d’images mentalement évoquées. Ainsi la pûjâ tantrique, quand elle est prise selon les règles des âgamas, est un intense exercice d’imagination visuelle projetée sur l’icône de la divinité. Dans le cas du culte du Linga, l’officiant imagine que la divinité, qui se trouve au sommet de l’univers, est présente au sommet de l’icône du linga. Il doit donc se représenter, étagés sur le linga, tous les plans de l’univers, qui forment l’ensemble de la manifestation cosmique depuis la base première qui supporte tout jusqu’au plan où se trouve la divinité. L’acteur du rite vit ainsi une sorte de fantasmagorie.

chakras yogaLa structure imaginale corporelle n’est pas purement mythique. Elle est conçue mentalement, mais aussi ressentie et vécue.
Permet-elle de s’approcher vraiment de la divinité ou ne s’agit-il que d’une modification des états de conscience, altered states of consciousness ?
Assurément, ce sont des états qui sont réels pour l’adepte, ou vécus comme tels, mais le vécu est-il toujours réel ? Cette structure intérieure imaginale est faite de centres qu’on nomme chakra «  roue », padma «  lotus », ou granthi « nœud », le terme le plus anciennement attesté. Ces granthi ou points nodaux sont des centres reliés par des canaux qui ne sont pas des veines ou des vaisseaux, mais des trajets de force que l’on nomme nâdî en sanskrit. Dans ou, plus exactement, selon ces nâdî se trouve ou circule le souffle vital, prâna.
L’axe principal de la structure est la sushumnâ que suit la kundalinî (force cosmique et divine présente dans le corps). Le long de cet axe s’étagent les principaux chakra. Dans les systèmes tantriques, cet ensemble s’étend au-delà du corps, notamment par l’existence d’un centre important qui est au-dessus de la tête, le dvâdashânta (terme sanskrit qui signifie « la fin des douze » car ce centre se trouve placé à douze travers de doigts du brahmarandhra, au-dessus du sommet de la tête).

Contrairement à ce que certains croient, le nombre des chakra n’est pas toujours de six, ou de sept si l’on ajoute le brahmarandhra, situé au niveau du crâne et qui n’est pas un chakra mais un point de passage.
Le système de la shrîvidyâ, voué au culte de la déesse Tripurâsundarî, encore très vivant en Inde du Sud et au Népal, comporte neuf chakra qui correspondent aux neuf divisions du shrîchakra, leur mandala de base. D’autres systèmes en ont quatre. Le Kubjikâmata, tradition ancienne subsistant encore, vouée au culte de la déesse Kubjikâ, qui est un système important, mais mal connu, a une structure de cinq chakra non reliés par la kundalinî.

De plus, un nombre important de centres secondaires sont répartis dans tout le corps, des pieds à la tête, autant de points du corps imaginal que le yogin doit se représenter comme des points lumineux, avec parfois des lettres ou des divinités. Des mantra sont également à y percevoir (rappelons que le mantra est la divinité et réciproquement).

La construction d’un corps divin chez l’officiant du culte

Les systèmes tantriques affirment que seul un être qui a été divinisé peut rendre hommage à la divinité. Cela est paradoxal puisqu’une des raisons d’être du culte, c’est d’identifier l’officiant avec la divinité, alors qu’il est déjà initié, donc divinisé.

À partir du moment où l’officiant du culte a accompli les rites préliminaires, il n’est plus un individu ordinaire. Il se vit déjà comme rempli de puissance divine et comme transcendant son corps ordinaire. Pour purifier celui-ci, une pratique courante consiste à faire se résorber les uns dans les autres les éléments, les tattva, constitutifs du corps. L’ensemble de l’univers et donc le corps humain sont formés par une série de cinq éléments ou tattva, du plus grossier au plus subtil : la terre, l’eau, l’air, le feu et l’espace.
L’officiant imagine que l’élément le plus grossier se dissout dans le suivant, la terre dans l’eau, l’eau dans l’air, l’air dans le feu, et finalement le feu dans l’éther spatial, ce qui l’amène à un plan divin. Ce faisant, il est supposé voir le mandala de chaque élément.
Ces diagrammes symboliques sont censés occuper l’ensemble du corps tout en le dépassant infiniment, puisque chacun de ces éléments est une division du cosmos. Cela suppose une extrême intensité de la vision chez l’officiant. L’activité de celui qui se livre à ce rite est également accompagnée à divers moments par un contrôle de la respiration, le pranayama. C’est seulement après ce travail complexe de purification que l’officiant se perçoit comme divin et apte à pratiquer le culte de la divinité. Une des explications que l’on peut donner de la multiplication de tels rites est que leur effet n’est pas durable. Ils n’agissent de toute façon que pendant la durée du culte (il existe même, dans le domaine tantrique, un rite qui permet de transformer quelqu’un qui n’est pas de caste brahmanique en un brahmane pour la seule durée du culte).

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L’homme cosmique

Une autre forme de purification du corps, décrite par Aghorashiva, auteur shivaïte du XIe siècle, demande un intense exercice d’imagination visuelle : l’exécutant du rite imagine son corps comme un grand arbre, le banyan.
Les cinq éléments grossiers, de la terre jusqu’à l’espace sont les graines de cet arbre. L’attachement, l’illusion, etc. sont ses racines. Ses branches sont les cinq éléments subtils et les cinq sens. Ses fleurs sont les multiples dispositions d’esprit de l’officiant. Ses branches sont dirigées vers le bas et ses racines vers le haut. Alors, nous dit le texte, avec une demi-inspiration et en répétant cinq fois le bîja (« germe » ou « graine ») mantra HRÂM, il faut voir l’arbre planté mais sans feuilles, ni fleurs ni fruits, et à la fin de l’inspiration, en énonçant le bîja HRÎM, on le voit avec des fleurs et des fruits, puis en retenant l’air et en répétant le bîjamantra HRÛM, il faut imaginer que par le feu du temps, kâla agni, qui naît du gros orteil du pied droit, les fleurs et les fruits sont détachés et l’arbre est consumé. Puis, avec une demi-inspiration et en répétant le bîjamantra HRÂM, on voit les cendres dispersées dans toutes les directions. Alors, avec le mantra HRÛM, on contemple l’espace vide, clair comme un cristal. Enfin, en imaginant disparus tous les liens à l’aide du mûlâ mantra (le mantra racine), avec le bîjamantra varsha l’adepte doit inonder mentalement son corps à l’intérieur et à l’extérieur par les flots de nectar qui s’écoulent du lotus aux mille pétales au sommet de son crâne et qui pénètrent par les nâdî son corps yogique, comme son corps grossier.

Le système du Trika

Une pratique shivaïte de la tradition cachemirienne du Trika est un autre exemple de représentation mentale particulièrement complexe. Elle est utilisée dans un rituel initiatique décrit dans le Tantrâloka d’Abhinavagupta. Le disciple doit vivre en imagination une purification cosmique de son corps, précédant le culte des trois grandes déesses du Trika, ainsi nommé en raison du rôle qu’y jouent les triades. Il y a trois divinités, Parâ, la Suprême, Parâparâ, la Suprême non suprême, et Aparâ, la non Suprême. Parâ est une divinité blanche, paisible et la plus haute. Parâparâ, est active et rouge, la couleur de l’activité, et Aparâ est noire et furieuse. Ces trois aspects du divin montrent qu’en Inde la divinité n’est pas nécessairement bienveillante.

Ce rite est utilisé pour l’initiation, la dîkshâ, terme traduit parfois par « initiation sectaire » (le terme « secte » désignant chacune des différentes traditions de l’ensemble extrêmement complexe de l’hindouisme). La dîkshâ est un rite qui perfectionne celui qui en bénéficie et qui lui ouvre la voie vers le divin. Les traditions tantriques ont généralement plusieurs degrés d’initiations qui vont de celle qui permet l’entrée dans la « secte » jusqu’à celle qui donne le pouvoir d’accomplir tous les rites. Dans les systèmes tantriques, l’initiation est le premier pas vers la libération. Dans les initiations, comme ailleurs, les rites ont tendance à se multiplier. Des purifications préliminaires ont pour effet de fondre la conscience du disciple dans la Conscience divine. Dans le système du Trika, la divinité est conçue comme étant pure Conscience. La conscience de l’être humain est conçue comme un aspect et une forme limitée de la Conscience divine à tel point qu’il a été possible à un des auteurs shivaïtes de cette tradition de dire à propos de la mémoire : seul Shiva se rappelle. Shiva étant la Conscience suprême omniprésente, en réalité tout se passe au sein de la Conscience divine.

Dans ce rite d’initiation, donc, le disciple opère d’abord les purifications préliminaires au terme desquelles son souffle respiratoire est suspendu et est remplacé par une montée du prâna dans la sushumnâ. Le texte ne dit pas comment le yogin survit sans respirer… Il lui faut alors s’identifier au mandala des trois déesses du Trika, visualisé comme présent en son corps. Il imagine pour cela la hampe du trident de Shiva comme un axe en lui, depuis le dessous du nombril jusqu’au palais, tous les éléments constitutifs du cosmos s’étageant dans son corps le long de cette hampe au sommet de laquelle il se représente le dieu Sadâshiva, le « Grand Trépassé » étendu sur un lotus, tel un cadavre, regardant vers le haut la lumière de l’absolu qui le domine, immobile mais animé par le « rire de la destruction ». L’adepte doit alors voir mentalement, s’élevant du nombril de Sadâshiva jusqu’au dvâdashânta (douze travers de doigts au-dessus de la tête), les trois pointes du trident le long desquelles s’étagent les différents plans de la parole (énergie phonique) qui vont en s’amenuisant jusqu’à se dissoudre dans l’absolu. Au sommet du trident il faut se représenter les trois pointes du trident comme portant chacune un lotus sur lequel est étendu un Bhairava (une forme de Shiva). Sur chaque Bhairava est assise une des trois déesses du Trika : Parâ, Parâpara et Aparâ, émanations de la Déesse suprême, la Destructrice du Temps, qui étant la transcendance absolue ne peut pas être représentée. Le yogin voit ainsi s’étager dans son corps toute la manifestation cosmique en tant que celle-ci est intérieure à Shiva. C’est donc une manifestation cosmique divine. Comme le trident s’élève au-dessus de sa tête, le yogin suit, en s’y identifiant, un mouvement ascensionnel qui le dépasse en se prolongeant jusqu’au point où l’univers se résorbe dans l’absolu divin auquel il se trouve ainsi rattaché : il est pris dans le mouvement infini de l’énergie cosmique, qui le traverse et le dépasse. Il transcende donc en imagination (mentalement et corporellement vécue) la condition humaine et se vit cosmiquement.

Conclusion

Quelle image de son corps peut avoir un adepte qui est passé par un tel rite d’initiation et qui, à chaque pûjâ (culte d’hommage à une divinité) tend à s’identifier à Shiva, ce qui exige une concentration mentale importante ? La pûjâ en effet est quotidienne ; elle peut même être répétée trois fois dans la journée, et elle dure toujours un certain temps.

On peut se demander dès lors comment un yogin qui pratique ce culte vit sa présence dans un monde qu’il a configuré avec toutes les puissances invoquées et transformé par le pouvoir de son imagination créatrice, rempli de formes vécues, créant ainsi un univers foisonnant de divinités. Cet univers lui est propre, c’est celui de la représentation corporelle cosmique fantasmatique qu’il s’est créé, mais à partir d’une vision traditionnelle qui, elle, est commune. Donc, il est à la fois enfermé dans l’univers mental qu’il a créé, et en même temps identifié, présent à l’univers qui l’entoure et dont la conception, qui est celle d’une tradition shivaïte tantrique, ne lui est pas propre.

Cette création mentale que les adeptes vivent rituellement, à la fois pris dans leur univers mental, mais en même temps plongés dans un univers traditionnel, n’est d’ailleurs pas tout à fait étrangère au monde indien habituel. Le yogîn tantrique a en commun avec la tradition hindoue d’être fortement marqué par des présupposés culturels, cosmiquement intégrateurs, qui remontent à l’époque védique. C’est un univers à la fois « familièrement étrange et étrangement familier ». C’est un cas extrême d’un certaine façon indienne d’être au monde. C’est une manière, parmi d’autres, d’être présent au monde en se sentant impliqué dans la vie, dans le mouvement qui l’anime, et qui nous mène peut-être vers… quoi ?

Recueil de notes par Françoise Vernes d’une conférence donnée par André Padoux, directeur de recherche honoraire au CNRS, initialement publié sur le site http://pierre.vergeot.free.fr/.



'La vision tantrique du corps humain.' Il y a 1 commentaire

  1. 18 août 2018 @ 13 h 54 min Daniel

    Bonjour

    Exposé très riche, mais cependant difficile à assimiler.
    Personnellement je suis beaucoup plus « branché » sur le Yoga du Cachemire et du beau livre : Le Miroir de la Conscience, le texte est très profond et est présenté très clairement avec une foule de références de qualité à découvrir.
    Mais cette perception est personnelle, je ne cherche à convaincre personne.

    « Le yogin doit non seulement méditer et adorer ces forces divines, mais il doit les sentir agir en lui. Il doit percevoir le monde et
    lui-même comme animés par leur mouvement  »

    « Ton Esprit s’est emmêlé à mon esprit, comme l’ambre s’allie au musc odorant.
    Que l’on Te touche on me touche. Ainsi Toi c’est moi, plus de séparation. »
    Hallâj

    Oh ! que je sois régénéré, que mon esprit soit purifié et sublimé, que l’Esprit d’en haut souffle en moi, que je voie le feu divin. Prière égyptienne

    Très intéressant, tout Cela confirme une perception très consciente de notre être vivant , qui vit dans la Conscience du Seigneur Siva qui « joue » à se cacher et à se retrouver à travers nous , selon le Yoga du Cachemire .

    A propos de tous ces rituels divers :

    « N’accordant qu’une valeur toute relative aux rites et aux rituels, il ne voyait que l’Un derrière les apparences de la multiplicité et vivait plongé au sein de cet Absolu que rien ne peut définir et dont on peut seulement dire :  » Il est ce qu’Il est.  »
    Réf. texte à propos de Kabîr
    Note : le lien internet n’est plus valable.

     » Celui que je cherchais est venu à ma rencontre, et celui-là est devenu moi, que j’appelais
    Autre. » Kabîr

    « 11-13. Du point de vue absolu, Bhaïrava n’est associé ni aux lettres, ni aux phonèmes, ni aux trois Shakti, ni à la percée des chakras, ni aux autres croyances, et la Shakti ne compose pas son essence. Tous ces concepts exposés dans les écritures sont destinés à ceux dont l’esprit est encore trop immature pour saisir la réalité suprême.
    Ils ne sont que des friandises destinées à inciter les aspirants à une voie de conduite éthique et à une pratique spirituelle afin qu’ils puissent un jour réaliser que la nature ultime de Bhaïrava n’est pas séparé de leur propre Soi.

    13 : Toutes ces définitions ne sont que de la poudre de perlimpinpin pour les hommes qui sont encore dans l’incertitude.
    Elles sont comme les friandises que donne la mère à l’enfant »
    Réf. Tantra Yoga, Le Tantra de la « Connaissance Suprême »

    Ps : très belles images, magnifiques dans La vision tantrique du corps humain.

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Attention ! Le yoga n’est pas sans risque

25 novembre 201625 novembre 2016
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Ouvrez vos chakras et ayez conscience de vos limites.

C'est l'une des études les plus conséquentes disponibles à ce jour sur la pratique du yogae t les blessures qui peuvent en résulter. Menée par deux chercheurs en traumatologie et épidémiologie de l'université d'Alabama de Birmingham, il en ressort que le yoga n'est évidemment pas le sport le plus traumatogène du répertoire, mais qu'il n'est pas pour autant dénué de risques. Et que les yogistes ayant dépassé les 65 ans doivent redoubler de prudence, car ce sont eux les plus vulnérables aux entorses, élongations et autres fractures. Le travail de Thomas A. Swain et Gerald McGwin, rassemblant quatorze ans de données récoltées aux États-Unis, montre aussi que le yoga a gagné en popularité sur la période, et que la fréquence des blessures s'en ressent. En moyenne, elle était de 10 pour 100.000 participants en 2001 et grimpe à 17 pour 100.000 en 2014. Après 65 ans, cette incidence –58 pour 100.000– est bien plus élevée, avec trois fois plus de fractures que pour les autres classes d'âge. Pour les individus âgés de 45 à 64 ans, elle est de 18 pour 100.000 et de 12 pour 100.000 pour ceux de 18 à 44 ans.
«Les blessures liées au yoga sont relativement rares, explique Swain, et comme on aurait s'en douter, l'incidence a tendance à monter avec l'âge du participant. Nous avons aussi observé que le taux de blessures augmente sur la période, ce qui pourrait traduire une plus grande popularité du yoga, avec davantage de personnes inexpérimentées qui ne prennent pas les précautions d'usage pour éviter les problèmes.»
Swain recommande de «consulter son médecin avant de débuter le yoga, d'être prudent et de connaître ses limites personnelles». Des limites que bon nombre de pratiquants débutants sont à même d'ignorer car «le yoga est bien plus difficile et exigeant qu'on le pense», précise McGwin. Au total, ce sont 29.590 blessures que les chercheurs ont répertoriées. Près de la moitié (45%) sont des entorses et le haut du corps est visiblement la zone la plus fragile.

Du yoga au travail….

21 septembre 201621 septembre 2016
yoga au bureauVous pouvez aller travailler ! » La séance d'une heure est terminée. Paula Taylor, professeur de yoga du réseau de coachs sportifs Fizix, libère ses douze élèves. Du chef sommelier à la femme de ménage, les 550 salariés du Bristol peuvent participer gratuitement à ce cours. Organisé dans une petite salle climatisée réservée aux employés, il coûte entre 80 € et 120 € au Comité d'Entreprise du palace. « Le point fort, c'est qu'il y a une homogénéité des groupes et ça crée une dynamique », se félicite son secrétaire adjoint Damien Largeau.   Collé serré   « On peut rencontrer des collègues d'autres services », renchérit Lucie Demai, hôtesse d'accueil. Allongé à sa gauche sur un tapis, Tony Le Douigou, dont elle n'a jamais été aussi proche, en est à son deuxième cours. « C'est plus apaisant que d'aller courir, observe le demi-chef de rang. Idéal pour se détendre avant de commencer le travail, de 16 heures à minuit ».   Debout depuis 7 heures du matin, le directeur d'achats Thomas Trucheret est en nage à la fin du cours, mais il savoure cette coupure en milieu d'après-midi : « J'aborde sereinement la deuxième partie de journée, sur le plan profesionnel et à la maison avec mes trois enfants ». Et de conclure, sourire en coin : « Le stress retombe. C'est parfait  : avec notre clientèle exigeante, il faut être très réactifs. » Voir l'article

Musculation et yoga, nouvelle mode made in US

23 août 201623 août 2016
reverse-ab-crunch

De nombreux hommes adeptes de musculation délaissent les poids et haltères pour des matelas de yoga, prenant le pas de l'intérêt grandissant pour une variante plus virile du yoga traditionnel, le «broga».

Le yoga, activité vieille de plusieurs millénaires, était autrefois pratiqué exclusivement par des hommes. L'activité physique «mâle» de l'ère moderne est aujourd'hui tout autre. «Le yoga se résume à bien plus qu'à des femmes qui se contorsionnent tels des bretzels végans», a lancé l'entrepreneur qui a fondé les cours de Jock Yoga, Michael DeCorte. Le centre d'entraînement Equinox de Toronto offre ces séances d'entraînement qui unissent les salutations au soleil à la musculation. De plus en plus de professeurs de yoga tentent d'attirer davantage d'hommes dans leurs classes en proposant des exercices qui misent sur la force plutôt que la flexibilité. Les adeptes de yoga sont constitués à 70% par des femmes, selon une étude de l'institut Ipsos publiée en 2016. M. DeCorte estime malgré tout que 50 à 85% des sportifs qui assistent à ses ateliers de Jock Yoga sont des hommes. D'autres centres de type «broga» essaiment un peu partout au pays. Jo-ga, à Halifax, Yoguy, à Vancouver, et le studio montréalais Mudraforce - où l'activité se pratique en toute nudité- ont notamment vu le jour. Une compagnie basée au Massachusetts, Broga yoga, détient un brevet sur l'emploi du mot-valise. L'entreprise se vante d'avoir plus de 12 000 clients et 500 professeurs à travers le monde, notamment par ses cours offerts par le biais de vidéo en ligne. Selon l'instigateur du «broga», Robert Sidoti, nombre d'hommes sont attirés par les bienfaits du yoga, mais craignent d'avoir un air efféminé en prenant la position du lotus.
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Le dalai lama juge qu’il y a trop de réfugiés en Europe

31 mai 201631 mai 2016
Dalai lama trouve qu'il y a trop de réfugiés en EuropeLe dalaï-lama a estimé qu'il y avait à présent "trop" de réfugiés en Europe après la vague d'arrivée l'an dernier et que ces migrants cherchant protection ne devaient rester que provisoirement sur place, dans une interview publiée aujourd'hui en Allemagne. "Quand nous regardons le visage de chaque réfugié, surtout ceux des enfants et des femmes, nous ressentons leur souffrance et un être humain qui a de meilleures conditions de vie a la responsabilité de les aider. Mais d'un autre côté, il y en a trop à présent" en Europe, a déclaré le chef spirituel des Tibétains au quotidien Frankfurter Allgemeine Zeitung. "L'Europe, l'Allemagne en particulier, ne peut devenir un pays arabe, l'Allemagne est l'Allemagne", a-t-il ajouté, en référence au fait qu'une majorité des migrants vient de pays arabes comme la Syrie ou l'Irak. "Il y en a tant que cela devient difficile sur le plan pratique. Et sur le plan moral, je trouve aussi que ces réfugiés ne devraient être accueillis que provisoirement. L'objectif devrait être qu'ils retournent (dans leur pays) et aident à reconstruire leur pays", a estimé le dalaï-lama, qui vit lui-même en exil en Inde depuis plus de 50 ans. L'Allemagne a accueilli l'an dernier un nombre record d'un million de réfugiés. Source Le Figaro

Tendance: le yoga en moumoute et chaussures de ski…

6 avril 20166 avril 2016
ski_yoga_poseLe murmure du torrent et le chant des oiseaux dans les bouleaux apaisent déjà. Dans le décor vivant du Plan de l’Eau, aux Menuires, se déroule la randonnée «yoga et raquettes», encadrée par Brigitte Ruff, accompagnatrice en montagne, et Anita Thevenot, masseuse ayurvédique. Après une première marche dans la poudreuse, telle une page blanche, une première pause est consacrée à des exercices d’étirement. Le groupe, limité à douze personnes maximum, forme un petit cercle. Raquettes aux pieds, on tend et on étire ses bras vers le ciel. Profonde inspiration, puis on relâche totalement son buste et ses membres supérieurs jusqu’à frôler la neige. Pendant une quinzaine de minutes, Anita aide chacun à prendre conscience de son corps. «La montagne, avec son paysage somptueux et son air pur, offre un cadre idéal pour pratiquer le yoga pranayama, qui met l’accent sur la respiration», précise-t-elle. On repart ensuite plus détendu, attentif aux empreintes d’animaux et au silence, seulement rompu par le bruit feutré des raquettes. Plus loin, c’est la posture de la salutation au soleil. Un long et ressourçant déroulement du corps, pratiqué plusieurs fois, après avoir déchaussé et s’être installé sur un petit tapis de yoga, prêté par Anita. Les deux autres pauses zen sont consacrées à des exercices respiratoires et à de la méditation, assis en tailleur. Lancées l’an dernier au départ de la station de Val Thorens, ces randonnées bien-être hebdomadaires, de trois heures, affichent complet. Les clients? Souvent des femmes, n’ayant jamais pratiqué le yoga ou même les raquettes, mais curieuses de découvrir cette balade hybride. Morzine mise aussi sur l’engouement autour du yoga. Probablement inspirée par la station suisse d’Engadin St. Moritz qui lançait en 2014 la première piste de yoga du monde, Morzine propose cet hiver la piste des yogis, un itinéraire bleu de 2400 mètres jalonné de dix emplacements pour pratiquer des postures relaxantes, sans forcément ôter ses skis. Enfin, sous le nom de marche afghane, évocateur de montagne loitaine, la station de Samoëns invite à une sortie en raquettes accompagnée par un professionnel. Durant cette randonnée, le travail constant sur la respiration facilite la gestion de l’effort en altitude et relaxe. Les activités bien-être en montagne ne se résument plus à des papouilles et des bains bouillonnants dans des centres aqualudiques mais tirent parti, enfin, d’un environnement unique. Voir l'article sur le site de Libération

Le paradoxe Vegan de la femme branchée.

2 novembre 20152 novembre 2015
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Assez régulièrement ( et de plus en plus ) je vois des gens arriver à un mode de vie vegan ( ce qui en soit est plutôt bien ) mais ce que je trouve étrange c’est souvent le paradoxe éthique assez flagrant et parfois cliché.
Pour commencer, beaucoup des végan avec qui j’ai les échanges les plus houleux sont souvent des filles, entre 20 et 30 ans, « converties » depuis assez peu de temps.
Autant je crois sincèrement aux bienfondés de ce mode de vie lorsqu’il est choisi et pensé de bout en bout, autant je suis souvent confronté à des situations de fort malaise lors de nombreux échanges.
Cela se manifeste par plusieurs choses récurrentes : le prosélytisme, la suffisance et l’incohérence.
Je vais dresser un portrait caricatural pour essayer de bien faire comprendre ça … ( pour ce faire je ne vais que juxtaposer des éléments issus de posts ayant défilé sur mon fil d’actualité perso )
Faisant la queue pour avoir son café-pumpkin starbuck, elle attend en faisant un petit selfie marrant pour montrer son nouveau bonnet en coton bio.
Elle poste ça en ligne avec son nouvel iphone.
Un peu plus tard elle rentre chez elle, se fait un petit smoothie banane, mangue et lait de coco, le tout dans un super blender trouvé sur amazon.
Un petit tour sur son compte instagram nous fera découvrir sa garde robe pour constater que toutes les fringues sont bio. Comme tout est bio, le label "équitable" est apposé sur son chocolat, son café et ses épices.
Plus tard, un passage sur son compte facebook nous montrera de nombreux partages militant où on voit combien l'industrie agro-alimentaire est trash (les vidéos le montrent très bien assurément … (ne pas aller sur une page d'une végan à l'heure du repas !).
On la verra également se réjouir de la fermeture d'un abattoir, voyant le signe d'un réel progrès pour "la cause".
Elle prend soin d'elle, les statistiques publiées sur ses joggings grâce à l'application embarquée dans ses nike en sont la preuve ! Et après une bonne douche avec un savon Lush elle sent super bon le fruit de la passion.
Et ce soir après cette belle journée elle se fait un petit plaisir : un steak végétal. Tellement bien fait qu'on dirait trop de la viande (mais sans la souffrance animale) ! Un petit bout de "Faux-mage" à base de noix de cajou et un avocat. Et en dessert un petit bout de chocolat équitable.
Elle a le sourire en préparant ses vacances en Thaïlande en achetant sont billet en ligne sur son macbook, avec son chat sphinx qui ronronne sur ses genoux et peux enfin aller se coucher, en paix avec elle-même et ses convictions … aujourd'hui encore, elle n'a été la cause d'aucune souffrance animale.
Et là je vous vois venir avec un "Heuuu mais Samten, il est où le problème, je ne vois pas trop où tu veux en venir … elle a l'air plutôt cool la nana là … non ?"
Oui oui elle est cool ! Et c'est vraiment chouette que par son véganisme elle se sente impliquée dans la cause animale, le progrès et l'évolution de l'humanité à des hautes sphères de conscience et d'empathie !
MAIS … Et hélas c'est là que le bât blesse…
Son café est issu de la souffrance des hommes, d'une production qui détruit l'environnement dans lequel il est produit et contribue au déséquilibre nord-sud où la domination occidentale est vécue de plein fouet par les producteurs-esclaves.
Son téléphone est issu d'une production où les métaux rares sont également issus de productions où les hommes sont traités en esclaves dans des mines aux conditions abominables. En plus l'obsolescence perçue fait qu'elle changera de téléphone alors même que ce dernier sera encore tout à fait fonctionnel.
Elle se réjouit de la fermeture d’un abattoir sans réaliser que le nombre d’animaux abattus restera inchangé ... le seul changement sera que ces pauvres bêtes devront parcourir encore plus de distance dans le transport final ... l’élément souvent le plus traumatisant pour l’animal (mais aussi pour l’éleveur qui respecte ses animaux).
La banane de son smoothie provient d'équateur, issue d'une terra-formation imposée par les États-Unis pour que ces pays ne viennent pas concurrencer la production de maïs OGM. La mangue provient d'Inde et a peut-être véhiculé des parasites qui détruisent nos vergers. L'avocat provient d'Israël et le lait de coco de Thaïlande, finançant les deux des régimes politiques discutables. Les transport “bio” n’existe pas ... les bateaux délestent en pleine mer, les camions brulent du gasoil et dans les deux cas il y a un paquet de dommages collatéraux. Ben oui, combien de dauphins pris dans les pales des bateaux, de biches , d’oiseaux, de hérissons percutées, écrasés pour que nos fruits exotiques arrivent à bon port ?
Son blender vient de chine, assemblé dans une usine où les gens sont traités comme de la marchandise et payés une misère et acheté sur un site qui bafoue le droit du travail à longueur de temps.
Ses habits, comme sa nourriture, ont parcouru des milliers de kilomètres pour être parfois produit avec des produits chimiques (malgré les labels bios affichés) et cousu par des enfants, au même titre que ses nikes.
Sa fausse viande et son faux fromage sont issus de productions industrielle et chimique pas forcément très saine et de loin pas locale
Son chat provient d'un élevage de croisements génétiques et nourrit avec des boites industrielles (et là autre paradoxe : doit-on imposer le véganisme aux animaux … ah ben non ce serait aller à l'encontre de leur nature, dans ce cas là c'est pas pareil)
Son billet d'avion compensera le bilan carbone de son véganisme.
A côté de ça j'essaie d'imaginer une personne qui consommera bio, local, de saison avec, certes de la viande de temps en temps (mais qui vient d'un paysan qui connaît toutes ses bêtes) qui portera ses fringues jusqu'à l'usure, n'aura que le strict nécessaire chez lui, pas de robots ménagers dans tous les sens, pas d'ordi, pas de fruits exotiques … et qui pourtant sera la "cible" des végans en raison de son manque de conscience et de sensibilité… et là je me dit qu'il y a un soucis dans la manière qu'ont les végans de mener leur "combat" …
Je me dois de rajouter un GROS P.S. à ce texte : je ne me considère absolument pas comme étant moi-même éthiquement irréprochable, loin de là ! J'essaie de faire au mieux ma part en restant un maximum cohérent entre mes convictions et mes capacités de consommation. Mais par contre l'issue de mes réflexions, de mes pensées, mes idées, je les PARTAGE. J'espère que parfois ma vision des choses en convainc certain mais je considère toujours que les choix éthique sont personnels et que nous ne pourrons jamais être irréprochables sans devenir extrêmes et sans s'extraire totalement du système, ce qui n'est pas ma volonté, au contraire, j'espère pouvoir être le témoin d'évolutions du système dans "mon" sens quitte à devoir faire des compromis, mais que je choisis.
EDIT : suite à l’engouement et aux nombreux comm qu’a suscité cet article aux différents endroits où il a été partagé et comme ça a dépassé le cercle des gens qui me connaissent, je me dois de me présenter pour permettre de contextualiser éventuellement cet article. Pour commencer je dois moi-même faire face à de nombreux paradoxes de consommation lié à mon choix de travail : étant photographe j’ai en effet beaucoup de matériel technologique ( ordinateurs, tablette, appareils photos ... ) qui ont un cout éthique important. Je n’ai pour le moment pas trouvé de solution pour ce pan là. J’ai passé plusieurs période de ma vie à appliquer un régime végétarien et un mode de vie assez proche des principes végétaliens sous pas mal d’aspects. Je me considère comme étant assez impliqué dans les domaines de la réflexion sur nos modes de vies, nos interactions avec l’environnement. J’ai un très grand intérêt pour la permaculture, les productions équitables ( je ne parle pas des labels qui spolient le terme ). Suite à de nombreuses réflexions j’en suis venu à avoir un mode de vie où les choix alimentaires et de consommation générale sont souvent mis dans la balance du pour et du contre au moment de l’acte d’achat. J’ai également un régime alimentaire qui est aussi très “fashion” car j’ai une alimentation principalement axée sur les principes du Dr Seignalet, à savoir sans gluten, sans produits laitiers, sans sucres raffinés ( mais je n’en fais pas un dogme, je m’accorde des exceptions si je n’ai pas le choix ou même si simplement j’en ai envie), je suis venu à ce régime il y a plus de 7 ans pour des raisons de santé et il m’a apporté beaucoup de choses ( j’en discute volontiers avec ceux qui s’y intéressent ). D’autres principes alimentaires font également parti de mes convictions, principalement le fait de consommer local, de saison et bio ( et dans ma région ça veux dire qu’il faut aimer le choux et les poireaux ). Je porte avec moi un assez lourd bilan carbone car j’ai beaucoup voyagé, mais ces voyages m’ont permit en contre partie d’apprendre énormément de choses sur l’humain, la nature, les interactions entre les deux, mais surtout pour réaliser qu’il n’existe pas de valeurs “universelles” ... partout les gens ont des convictions qu’ils sont parfois prêt à défendre avec armes et sang ! J’ai aussi vu qu’il y a un réel angélisme de la part des gens qui vivent leur conviction depuis le fond de leur canapé ikéa ... car à travers le monde j’ai été témoin de la violence , partout sous un nombre inimaginable de formes ! Les seuls moments où j’ai eu la sensation de m’en extraire on été ceux où j’ai été seul face à la nature, loin du fait des Hommes ! J’ai vu plus d’amour et de respect chez une productrice de bœuf bio en France qu’envers des vaches “sacrées” au Népal. J’ai recommencé à manger de la viande en voyage, lorsque j’ai été reçu par des gens qui n’avaient rien d’autre à me proposer et qu’il aurait été plus que déplacé de dénigrer ce geste pour mon petit confort intellectuel. Et puis j’ai appris à reconnaitre qu’il y a de réelles différences entre les modes de production et que cela impact directement nos valeurs et notre environnement, j’y suis de plus en plus attentif et rencontre des gens merveilleux depuis. Comme je l’ai dit à de nombreuses reprises, je trouve merveilleux que de plus en plus de gens s’intéressent aux modes alimentaires “alternatifs” ( qu’ils soient végan, végétariens, sans gluten, bio ... ) car ça montre que les gens ne prennent plus tout pour argent comptant. Mais je prône également la coexistence et l’évolution douce. C’est souvent en ça que mes avis divergent avec les militants ( végan ou autre) sur les manières d’agir : Les études en neuroscience montrent que face à une démonstration de la violence (vidéo d’un abattoir par exemple), le cerveau d’une personne non préparée, vivra ça comme une agression ... mais au lieu d’obtenir un électrochoc contre le système, le trauma sera dirigé contre la personne qui lui aura fait vivre ce trauma... avec un effet inverse à celui désiré... mais je m’égare à parler de ça.
Bref, je tente juste de faire avec les outils à ma disposition pour rester le plus cohérent possible entre mes choix, mes croyances, mes moyens et mes aspirations. Jonglant moi-même avec certains paradoxes.
EDIT 2 :
Je n’ai hélas rien inventé pour créer ce personnage fictif ! juste pris quelques éléments sur différents posts de mes contacts ... j’ai même été assez soft pour qu’on ne pense pas que j’exagère le trait ! Et pour celles et ceux qui me font la critique d’avoir choisi une femme plutôt qu’un homme c’est pour la même raison ( qui n’est pas lié à une réalité statistique et objective ) : je n’ai pas eu autant d’occasion de voir ce type de posts et de profils dans mon fil d’actualité.